Sommaire

Thémathèque

 Table des matières

Symptômes Asperger
et surdouement.




Notes

[1]  Voir l'excellent article de Jacques Bénesteau : L'admi- rable Bruno Bettelheim. Lien























[2] Polymathique, du grec πολυμαθής, ayant appris en quantité. Se dit d'un individu ayant des connaissances approfondies et plurielles.

























11. Informer  •  Thémathèque

 11.1.a. Surdouement et Asperger 


Par méconnaissance des particularités des personnes surdouées, bien des professionnels (surtout enseignants) sont tentés d’assimiler les difficultés des surdoués au syndrome d’Asperger. Cette orientation qui ne remet pas en cause l‘éducation familiale ou le traitement scolaire, offrirait le bénéfice d’une reconnaissance médicale ouvrant droit aux aides.

Il est vrai que les enfants surdoués en présentant des tableaux cliniques très divers ne simplifient pas la pose d'un diagnostic par les professionnels non-spécialisés. Il est vrai aussi que le tableau clinique d’Asperger est complexe, comme celui des troubles autistiques dont il fait partie. Longtemps tenu pour une altération des liens mère-enfant (Bettelheim [1]), il s'agit en fait d'une altération, très vraisemblablement d'origine génétique, des liaisons neuronales, soit par absence ou déficit de liaisons, soit au contraire par une trop grande profusion de liaisons qui brouillerait la transmission de l'information. Détecté tôt, l'autisme est compensable par une éducation spécialisée, en raison de la plasticité cérébrale majeure pendant la prime enfance.
            Voir l'excellent document publié par France 5 : Planète autisme (2013).
Mais, si certains signes comportementaux peuvent laisser penser à un Asperger, les surdoués ne répondent que très rarement à l'ensemble du tableau clinique de cette pathologie. Un symptôme seul n'est pas une pathologie.


 Symptômes Asperger et surdouement

Pour y voir clair, il importe de s’en tenir au CIM-10 (Classification internationale des Maladies, 2006 (OMS) ou au DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual - Revision 4, publié par l'association américaine de psychiatrie (1994), le syndrome autistique d'Asperger se définit par des troubles effectifs concomitants et permanents sur les trois secteurs suivants  :

A. Altération qualitative des interactions sociales sur au moins deux des éléments suivants :

1. altération marquée dans l'utilisation, pour réguler les interactions sociales, de comportements non verbaux multiples, tels que le contact oculaire, la mimique faciale, les postures corporelles, les gestes ;
—» Ceci est rarissime chez les enfants surdoués, ils décodent avec (im)pertinence les attitudes et les postures sociales ; en confiance : ils regardent bien en face, sauf sous stress intense.

2. incapacité à établir des relations avec les pairs correspondant au niveau du développement ;
—» avec des enfants fonctionnant comme eux, c’est-à-dire de même niveau de développement, la relation s'établit spontanément et rapidement. La facilité relationnelle est fonction de l'écart d'âge mental.

3. le sujet ne cherche pas spontanément à partager ses plaisirs, ses intérêts ou ses réussites avec d'autres personnes (p. ex. il ne cherche pas à montrer, à désigner du doigt ou à apporter les objets qui l'intéressent) ;
—» en confiance et en complicité (entre surdoués) ils partagent volontiers, n'étant plus inhibés par la crainte d'être moqués ou insultés. Mais leurs centre d'intérêts décalés rend l'interaction parfois laborieuse, voire improbable.

4. manque de réciprocité sociale ou émotionnelle.
—» les enfants surdoués sont empathiques, c'est bien là leur problème quand les autres ne le sont pas avec eux. De plus, ils sont rendus très réactifs aux traitements inadaptés et peuvent donc masquer leur empathie si besoin pour se protéger.


B. Caractère restreint, répétitif et stéréotypé, des comportements, des intérêts et des activités, comme en témoigne au moins un des éléments suivants :

1. préoccupation circonscrite à un ou plusieurs centres d'intérêt stéréotypés et restreints, anormale soit dans son intensité, soit dans son orientation ;
—» leurs intérêts sont encyclopédiques, polymathiques [2] ou plus sectorisés, l'intensité est grande, mais pas anormale, même dépassant "la norme". Elle est liée au foisonnement de leurs connections neuronales et à l'amplitude de leurs acquis.

2. adhésion apparemment inflexible à des habitudes ou à des rituels spécifiques et non fonctionnels ;
—» s'ils peuvent avoir des habitudes marquées, elles sont en général cohérentes, il s'agit très rarement de rituels et ils ne sont pas inflexibles : un enfant buté ou en révolte face à un traitement inadapté retrouvera souplesse et fluidité de pensée dans une situation plus amène . Les TOC (Troubles obsessionnels compulsifs) éventuels n'apparaissent que sous stress important.

3. maniérismes moteurs stéréotypés et répétitifs (p. ex. battements ou torsions des mains ou des doigts, mouvements complexes de tout le corps).
—» très rarement observé et seulement en situation de stress intense, avec retour à la normale le stress passé.


C. La perturbation entraîne une altération cliniquement significative du fonctionnement social, professionnel, ou dans d'autres domaines importants.
—» l'altération, quand elle existe, n'est liée qu'au stress, elle cesse dans une ambiance aménitaire. Par contre, si rien n'est mis en place pour diminuer le stress, la situation peut se chroniciser et effectivement virer à la pathologie. L’altération provient de la non-compréhension du milieu de leur différence de fonctionnement (exclusion, marginalisation) et de la non-compréhension par eux-mêmes de leur propre fonctionnement en rapport aux normes sociales établies (conformation).


En l'absence de troubles obligatoirement concomitants et permanents dans les trois  tableaux A, B et C, il n’ y a pas lieu de parler d’Asperger.  S'il peut exister des Asperger dotés de très hautes aptitudes (dits autistes-savants, notamment en calcul rapide et en capacités mémorielles), ils sont rares et la mise en exergue de quelques cas ne peut constituer une généralité. 
     Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas se préoccuper des troubles, mais qu’il vaudrait mieux s’interroger sur le caractère anxiogène du milieu parental, social ou scolaire.
        Un sujet en repli sur soi n'est pas un obligatoirement autiste, c'est un individu en système de défense contre un environnement hostile ; lorsque le milieu deviendra aménitaire : il partagera très volontiers ses passions, ses émotions (qu'il éprouvait, mais masquait), s'il a un centre d'intérêt majeur : sa curiosité restera ouverte à d'autres champs, il ne montrera ni rituels ni stéréotypies.

Le parcours de l'enfant surdoué est déjà lourd, ne rajoutons pas un faux handicap pour le stigmatiser plus encore.


Sommaire  •  ThémathèqueHaut de page