Sommaire

Thémathèque

Tables des matières

Des faux dys et faux T
De la norme à la pathologie
En guise de conclusion

Notes



[1] Psittacisme :  récitation mécanique sans compréhen- sion du sens ou dont le sens n'a pas été assimilé. Technique d'évitement des surdoués face à une tâche vue comme ininté- ressante. Bénéficiant de l'excellence de la mémoire, ils évacuent ainsi tout effort d'apprentissage réel.  Ils ont répondu à la consigne (appren- dre), mais ayant utilisé la seule mémoire de travail, la mémo- risation sera éphémère et la capacité d'utilisation nulle.













[2]  Pensée-flash : J’entends par pensée-flash, par analogie à la mémoire-flash en informa- tique, une production concep- tuelle automatique, c’est-à-dire sans aucune intervention de la volonté ou de la conscience, par liaison ultra rapide de con- naissances autodidactiques acquises et dispersées, qui ne s’intègrent et ne s’organisent que sous la pression de la nécessité. Si elle enrichit considérablement le sujet, le renouvèle, voire constitue une véritable création, cette production n’est pas le fruit d’un long et lent travail d’ap- prentissage et de mémori- sation à long terme. Bien qu’aléatoire et fragile, parce que très souvent efficace (surtout en début de scolarité), elle peut amener l’enfant à considérer que l’effort d’ap- prentissage est inutile et, ainsi, le conduire à l’échec à moyen terme. Ce mode de fonctionnement implique deux effets problématiques :
1/ une très réelle difficulté à retrouver le cheminement du processus qui a mené à la production, puisque involon- taire et fait d'éléments non-as- semblés préalablement en suites logiques mémorisées donnant possibilité rétroactive ;
2/ la mémorisation dans la volatile mémoire de travail qui impose une rapide expression, sous peine d'un sentiment de perte irrémédiable.

























































11. Informer  •  Thémathèque

 11.1.b. Surdoué(e) ou Dys... 


À l'occasion de difficultés, notamment scolaires, éprouvées par les enfants surdoués, est très souvent évoquée la grande série des dys : dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dyscalculie, dysharmonie, dysinchronie… ou la série des "T " : TSA (Troubles du Spectre Autistique) ou TSA (Troubles Spécifiques de l'Apprentissage : dysorthographie, etc.), TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs), TDA/H (Troubles De l'Attention/Hyper- activité).
       Ce premier "diagnostic" est généralement porté par les enseignants — qui n'ont, le plus souvent, que des notions fort rudimentaires sur ces pathologies —  mais qui s'autorisent cependant à lâcher  un terme  médical qui fait si sérieux et qui a le grand avantage d'exclure d'emblée leur responsabilité dans la survenue de ces difficultés. Ce recours si tendance aux "dys" permet de faire l'économie d'une véritable réflexion sur les sources du problème avec la remise en question qui devrait l'accompagner. La réflexion tourne trop souvent autour de : « Cet enfant qui ne réussit pas avec moi, qui suis, par nature, un bon enseignant, souffre donc d'une pathologie.  Ce ne peut être que ma pédagogie ne lui convienne pas, que je ne sache pas l'intéresser... »
        La même tendance existe aussi chez les parents. La lecture trop rapide d'informations ou d'éléments diffusés par des blogs dont la pertinence n'est pas toujours avérée, pour les mêmes raisons que dessus arrivent aux mêmes fausses conclusions hâtives.

Une pathologie ne se diagnostique pas sur un seul signe, fut-il gênant, mais sur un ensemble de signes caractéristiques en amplitude, durée, fréquence... qui constituent le tableau clinique spécifique de telle ou telle pathologie.


 Des faux-Dys aux faux-T (liste non exhaustive)

1/ Faire des fautes d'orthographe n'est pas obligatoirement une dysorthographie, mais peut être seulement dû à un manque de compréhension pour une logique du français qui ne semble pas telle à l'enfant (l'orthographe répond de plusieurs logiques : usage, grammatical, etc.). Il se trouve qu'en passant, par exemple, par l'étymologie et l'histoire de la langue, on réveille la curiosité, l'intérêt, la mémorisation donc l'efficience dans ce domaine. À cet enfant, capable de réciter les règles (psittacisme) [1], mais peu de les appliquer, lui en donner les tenants et les aboutissants lui permettra d'en comprendre la raison et la possibilité d'y adhérer.

2/ Un manque d'attention (distraction) n'est pas immanquablement un TDA/H, mais peut signifier : une simple absence d'intérêt pour le sujet (trop basique, répétitif, inutile, etc.) ou une fuite dans la rêverie pour échapper à une action scolaire perçue comme manquant de sens (pratique, éthique ou esthétique), ou résultant trop de l'implicite... Mais, le même enfant inattentif en classe est capable de rester concentré des heures sur un jeu de stratégie qui le passionne, l'hyperactif ne le pourra pas.

3/ Une erreur de calcul, même répétée, n'est pas forcément une dyscalculie, mais un possible manque d'intérêt, d'attention ou de compréhension d'une règle mal expliquée (le : c'est comme ça parce que c'est comme ça ne fonctionne pas avec eux), donc mal apprise et/ou mémorisée et/ou intégrée (il la connait par cœur, mais ne sait pas l'utiliser) ou à une consigne mal bâtie, peu logique ou ambigüe.

4/ Une mauvaise écriture n'est pas inéluctablement une dysgraphie, mais provient souvent du manque d'intérêt pour la transcription trop lente d'une pensée trop rapide, du manque de temps (désir de tout retransmettre ou volonté de perfectionnisme). Mais, ce peut être encore, par défiance envers l'irréversibilité de l'écrit qui exclut la possibilité d'ajustement en fonction de la réaction de l'interlocuteur qu'offre l'oral devant une pensée trop riche et souvent hors-sujet par dérive encyclopédique.

5/  Un repli sur soi, peut être un des symptômes de l'autisme, mais il sera plus sûrement chez un enfant surdoué la résultante de la pression environnementale devant ses nombreuses questions dérangeantes. Le « Mais, tais-toi donc ! », suffisamment répété par l'adulte et avec assez de force peut à la longue entraîner le mutisme par peur de la punition ou par conformation au diktat magistral. Le désert relationnel de certains enfants peut aussi être pris comme symptôme d'autisme (voir Asperger), il ne ressort pourtant pas de troubles du spectre autistique (TSA), mais de la non-compréhension du fonctionnement des autres et du leur, du non-partage d'intérêts non-communs, de leur rejet du groupe par intolérance sociale de la différence.

6/ L'enfant qui ne reste pas en place (surtout en classe), intervient à tort et à travers, bref, qui dérange la bonne ordonnance des choses, n'est que la résultante d'une tentative par l'activité de juguler les angoisses dues à l'ennui par une activité brouillonne, à sa non-reconnaissance comme surdoué, aux tentatives de normalisation dont il est l'objet, etc. Sur-activité n'est pas hyperactivité. L'impulsivité notamment verbale tient  à son fonctionnement intellectuel par pensée-flash [2] , à sa joie de la découverte inopinée qu'il faut absolument dire au risque de la perdre.

7/ Une autre dys est souvent évoquée : dysharmonie évolutive, simplement parce que le décalage entre l'échelle verbale et l'échelle instrumentale au WISC dépasse l'écart-type. Nos études sur le WISC III et IV, comme celles d'autres chercheurs (Liratni, Grégoire, Pereira-Fradin, Vaivre-Douret)... montrent que ce décalage est ultra-majoritaire chez les personnes surdouées. Ce décalage résulte soit d'un manque d'intérêt pour certains subtests (répétitifs), soit de la pression du chronomètre, soit de dépression ou encore d'une mauvaise adhésion au fait d'être testé ou au psychologue. Cette fausse interprétation n'est pas rare chez les psychologues non formés à cette population.
       

 De la norme et de la pathologie

Toute société humaine vit sur un ensemble de règles communes, calées, le plus souvent sur le comportement moyen du groupe, celui-ci est alors érigé en valeur, puis en norme, de laquelle il convient de ne pas trop s'écarter pour être bien intégré au groupe.
   Nos sociétés post-modernes de plus en plus organisées et angoissées génèrent une multitude de normes pour se rassurer, normes auxquelles nous devons nous soumettre. La personne hors normes est donc vécue comme potentiellement dangereuse, donc délinquante ou pathologique. Ainsi, au XVIIe siècle on brulait les hystériques comme possédées, au XIXe on les enfermait comme malades dans les hôpitaux. Ainsi, les dissidents russes (déviance politique) étaient-ils psychiatrisés puisqu'incapable de s'intégrer dans le paradisiaque régime soviétique. Ainsi, l'homosexualité fut-elle traitée comme possession diabolique, puis comme inversion sexuelle (trouble psychiatrique), avant de n'être classée que comme une simple variante de la sexualité.

 


 En guise de conclusion

Le surdouement n'est qu'un aspect de la psychodiversité, donc dans la variabilité (non pathologique) de la normalité. Cependant, selon les connaissances acquises et le seuil de tolérance des individus, il peut se trouver classé dans l'intolérable. S'ensuivent alors les tentatives de normalisation, notamment pédagogique. Les réactions légitimes des enfants surdoués à ces tentatives sont alors vues comme  inacceptables et relevant de la pathologie.



Ces troubles ne sont pas constitutifs, mais existentiels et réactionnels. La modification des exigences inappropriées, l'arrêt des tentatives de normalisation, la prise en compte de la différence et ces troubles disparaissent.
        Cette pathologisation outrancière n'est que la résultante de la  méconnaissance du domaine et/ou du simplisme intellectuel.



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