Sommaire

Thémathèque

Table des Matières


Notes

[1] Laborit (Henri) 1914-1995. Médecin, chirurgien, neurobiolo- giste, initiateur de l'utilisation des neuroleptiques (1951). Mais aussi éthologue (spécialiste du comportement animal), eutono- logue (spécialiste du comporte- ment humain) et philosophe

[2] UNICEF : À l’école des en- fants heureux... enfin presque. Rapport de la Recherche réalisée pour l’UNICEF France - 03/2011, avec le soutien tech- nique de l’Éducation nationale. Rapporteur Éric Debarbieux. Lien
 
[3] SIVIS : Système d’informa- tion et de vigilance sur la sécu- rité scolaire du ministère de l'Éducation nationale.

[4] Trajectoire/AFEV : Asso- ciation de la fondation étudiante pour la ville, initiatrice de la Journée du Refus de l’échec Scolaire. Baromètre Trajec- toires/ Afev 2009. Lien

[5] Lorentz (Konrad) 1903-1989. Biologiste et zoologiste autri- chien, spécialiste des compor- tements des animaux sauvages et domestiques, prix Nobel de médecine.



































































































[6] Codol (Jean-Paul), socio- psychologue. Directeur du Cen- tre de Recherche en Psycho- logie Cognitive - Université d'Aix- Marseille.









[7] Bellon (Jean-Pierre), profes- seur de philosophie, président de l'A.P.H.E.E (Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves.)




















































































































[7] Bavoux Pascal ), sociologue, directeur du bureau d’études lyonnais Trajectoires Groupe Reflex (Groupe de recherche et d'études en anthropologie urbaine) réunis- sant des chercheurs de forma- tions diverses, indépendant de l'Université. Violemment pris à partie par Bruno Gollnish (FN) tenant d'une éducation milita- riste, ce qui est plutôt positif pour le chercheur.




























































































































11. Informer  •  Thémathèque

 11.1.c. Surdoués et Violences 


  Généralités, Enquêtes et Réalités

« Tant qu'on n'aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l'utilisent et tant que l'on n'aura pas dit que jusqu'ici cela a toujours été pour dominer l'autre, il y a peu de chance qu'il y ait quoi que ce soit qui change. »
Henri Laborit [1], in Éloge de la fuite

Depuis quelque temps, la violence à l’école fait la une des médias, à la suite notamment d’une enquête statistique réalisée pour l’UNICEF, par l’Observatoire international de la violence à l’école [2] et du rapport SIVIS [3] pilotés par l'Éducation Nationale et de celle moins connue, mais plus proche des réalités de Trajectoire/AFEV [4].
         Depuis 20 ans, au cours des rencontres avec les personnes surdouées ou leur famille, nous avons eu à connaître de nombreux faits de violence verbale et/ou physique à l’encontre des enfants surdoués, essentiellement dans le cadre scolaire.
          Mais, avant d'étudier les chiffres proposés il y a lieu de bien différencier  les  notions d'agressivité et de violence. Si les deux sont réactionnelles, impulsives, elles ne visent pas le même objectif. Si la première reste soumise aux codifications sociales et à la maîtrise, la seconde ne l'est que très peu.
       

 A. De l'agressivité

Du latin : agressus, attaqué. L'agressivité est un compor- tement présent chez tous les êtres vivants, dont l’humain. Il se manifeste par des signaux de menace, de violence simu- lée (paroles, cris, gestes, postures et attitudes). Il peut s'exprimer à l'encontre d’êtres de la même espèce, d’espèces différentes, d’objets ou de l’individu lui-même.
       Elle est, selon Henri Laborit [1], l’un des trois systèmes de défense de l’individu ou du groupe social :
agressivité, fuite ou inhibition.

Pour Konrad Lorentz [5], c'est un instinct naturel qui n’agit qu’envers des membres de la même espèce, lié à la concurrence pour la satisfaction des besoins vitaux. Elle est élément positif, liée à l’instinct de vie ou de survie, quand la violence l'est à l’instinct de mort.

L'agressivité s’exerce dans trois secteurs différents :
• l'instinct de survie, surtout lié au territoire (nutrition) ou à la protection individuelle ;
• l'instinct de reproduction : éloignement du rival, pro- tection de la femelle ;
• l'instinct parental : protection des petits.


Les attitudes ou les gestes agressifs sont propres à chaque espèce, plus ou moins codifiés et pour l’homme plus ou moins tolérés selon les normes sociales et les époques.
       L'agressivité est déclenchée par le système limbique (émotionnel), mais contrôlée par l’instinct chez l’animal et réflexe ou régulée chez l’homme (cortex préfrontal),  mise en œuvre par le système reptilien (automatismes de défense) et véhiculée par le système hormonal : adré- naline, testostérone, ocytocine, et régulée par la cortex préfrontal.
       L’hypoglycémie, e manque de sommeil, l’intoxication par certains pesticides ou drogues (alcool, cocaïne, ecstasy, amphétamines...) peuvent induire des comportements agressifs ou en amplifier l'expression.
       Elle peut être tournée contre l’individu lui-même : auto-agression. Résultant de l’inhibition des autre moyens de défense : agressivité à l'encontre de l'autre ou fuite, elle se tourne alors contre le corps et produit des somatisations parfois importantes.


 B. De la violence

Du latin : vis qui signifie la force, sans égard à la pertinence de son usage. L’agressivité n’est alors plus contenue par le cortex et les codes sociaux et l’individu ne maîtrise plus son compor- tement. Cette perte de maîtrise peut provenir d’un niveau de stress trop important, au-delà du seuil individuel de tolérance, mais aussi de certains excitants : alcool, barbituriques, neuro- leptiques, ou d’atteintes cérébrales (tumeurs).

Elle est pilotée par le cerveau limbique (émotions) sans inter- vention du cortex (raisonnement) qui semble alors déconnecté. Elle n’est plus une posture visant à intimider l’autre ou à provoquer son éloignement ou sa soumission, mais à son élimination psychique et/ou physique.

Définitions
Pour l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé),  la violence se définit comme :
 
« L’usage intentionnel de la force physique, du pouvoir sous forme de menace ou d’action contre soi-même, autrui ou un groupe ou une communauté́ dont la conséquence réelle ou probable est une blessure, la mort, un traumatisme psychologique, un mauvais développement ou encore la précarité » (WHO, 1995).

Et pour Hurrelmann (in Vettenburg, 1998) :

« La violence à l'école recouvre la totalité du spectre des activités et des actions qui entraînent la souffrance ou des dommages physiques ou psychiques chez des personnes qui sont actives dans ou autour de l’école, ou qui visent à endommager des objets à l’école ».

Nous préférons la définition suivante :
       L’usage intentionnel de la force psychique et/ou physique, du pouvoir institutionnel ou groupal, visant la dégradation de biens meubles ou immeubles, ou à l'encontre d'un individu, groupe ou communauté, sous formes d'injonctions, de menaces ou d’actes physiques, de façon ponctuelle ou habituelle. Elle a pour conséquence une perte financière, d'usage de biens, ou un traumatisme psychique ou physique, pouvant entraîner mauvais développement psychique ou physique, précarité ou mort.


 C. Les quatre formes de la violence

On peut distinguer plusieurs champs de manifestation : individuel ou collectif, politique, économique, etc. mais surtout plusieurs formes d'expression de la violence, par ordre de gravité :

 C.1. La violence de déprédation
Elle vise exclusivement les biens, soit de façon ciblée (ceux de tel individu : vengeance, etc.), soit de façon symbolique ceux repré- sentant telle catégorie sociale ou ethnique (par ex. Nuit de Cristal), telle  autorité  (par ex. caillassage des voitures de pompiers et de policiers dans les banlieues) ou de façon plus confuse les vitrines de magasins, les voitures, lors des manifestations, celles-ci étant sensées représenter la société, les riches, l'ordre, etc. Elle est gratuite en ce sens qu'elle ne vise pas l'appropriation des biens, mais simplement leur dégradation ou leur destruction.

C.2. La violence de prédation
Elle consiste à s’approprier le bien d’autrui, sous forme d’arnaque, d’agression. C’est le vol individuel (racket, dépouillement...) ou collectif, étatique (spoliation), économique (espionnage, contre-façon, falsification) ou militaire (pillage). Par exemple : l'appropriation de terres en Afrique, à Madagascar, en Argentine... par le capitalisme international, au détriment des populations agricoles autochtones, avec la complicité des dirigeants, spoliation "légale" des plus pauvres pour enrichir les plus puissants.

 C.3. La violence de domination / normalisation
Il s’agit de comportements de domination ou d’asservissement de l’autre sous forme :
- verbale : dévalorisation, injures, provocations ;
- psychologique : injonctions paradoxales, harcèlement verbal, stigmatisation, etc. ;
- de privation : des droits ou de la liberté, abus de pouvoir ;
- physique : coups, viol, torture.
Le bouc émissaire peut être la victime de ces quatre formes. Elle est parfois pédagogique dans les quatre champs..

Elle peut prendre une forme économique : blocus, mais aussi plus insidieuse en considérant le client non plus comme un partenaire, mais exclusivement comme une source de profit avec une disproportion de moyens : contrats léonins, monopoles, etc.             Elle vise à l’affaiblissement psychique, à une inhibition telle de l’individu qu’il finira par accepter la domination, il est alors objetisé et disparaît comme être singulier. Elle peut être consciente ou non, entre pairs (couple, concurrents, partenaires, états, etc.) ou hiérarchique (parents/enfants, supérieurs/subordonnés, état/citoyens...). Elle est fréquente à l'encontre de enfants et personnes surdoués sous le prétexte de normalisation.

 C.4. La violence d’élimination
Elle vise non plus à la domination, mais à l’élimination psychique ou physique de l’autre, symbolique (rejet, exclusion) ou réelle et létale (meurtre, génocide). L'exclusion en est la forme psychosociale, l’assassinat, le terrorisme, le génocide (juifs, arméniens...) en sont la forme physique.
          La forme économique vise à la disparition du concurrent par faillite ou absorption.
        Elle peut être cependant parfois juste, légitime et nécessaire : prison, tyrannicide, guerre de défense, pour rétablir le droit et protéger une population.
        Elle peut être politique : élimination physique d'une population (Gengis Khan, Hitler, Staline, Mao, Kadhafi et Benghazi, Daesh (califat) envers les chrétiens, chiites ou Kurdes), pour s'assurer le pouvoir par la terreur.


 D. Trois cas particuliers

La violence pathologique
De nombreux troubles mentaux produisent des pulsions violentes : schizophrénie, Alzheimer, paranoïa, etc. Elle peut être également l’effet direct de substances (alcool, saturnisme, PCP, barbiturates) ou indirect (en cas de manque), de perturbations endocriniennes (sérotonine, adrénaline, testostérone, par exemple), ou de la dégradation cérébrale  (tumeurs, maladie d’Alzheimer).

La violence naturelle
Tempêtes, inondations, tremblements de terre, incendies de forêt, tsunamis ne doivent pas être pris comme violence. L’agressivité animale non plus, dans la mesure où elle est purement instinctuelle et qu’elle ne vise pas à l’élimination systématique de l'autre, mais à son éloignement (combats sexuels entre mâles) ou à l’exercice normal de l’alimentation (carnivores).

La violence intraindividuelle ou autoagression
En l’absence de résolution d'une situation négative, l’individu peut retourner la violence contre lui-même, de façon non-consciente (somatisations) ou consciente (scarifications, conduites à risques, suicide). Les somatisations sont assez fréquentes chez les surdoués malmenés, le suicide se présente plus comme suicide intellectuel (inhibition majeure) que comme autolyse.


 E. La violence « discrète » : le harcèlement

Chaque groupe humain cherche à définir des normes (système de valeurs, opinions, comportements, codes, règles, modèles). Ces normes prétendent synthétiser et modéliser le comportement du groupe, servent à le différencier des autres groupes (identité) et tendent de s’imposer de façon hégémonique à tous les membres du groupe (signes d’appartenance et d’allégeance).

« Le conformisme se manifeste par le fait qu’un individu modifie ses comportements, ses attitudes, ses opinions, pour les mettre en harmonie avec ce qu’il perçoit être les comportements, les attitudes, les opinions du groupe dans lequel il est inséré ou il souhaite être accepté. »
Jean-Paul Codol [6], in Bulletin de psychologie, 2001
 
Le conformisme implique un affaiblissement de la personnalité individuelle, du trop différent vers le modèle groupal, en échange il sera reconnu comme membre, intégré et assuré de la protection de celui-ci. Ne pas confondre conformisme et conformation, dans le premier cas le sujet mime les normes du groupe sans y adhérer forcément pour se faire accepter et conserve ses valeurs propres, mais ne les exprime pas publiquement : masquage ; dans le second, il finit par adhérer pleinement aux normes du groupe au détriment de sa singularité qu'il abandonne : inhibition.

Le harcèlement vise des individus estimés différents de la moyenne du groupe (le bon élève, le mauvais élève, le mal ou trop bien habillé, le sujet fragile ou avec un physique ingrat, l’immigré, l’enfant surdoué, etc.) dans une tentative de conformation ou de normalisation de l'individu à la moyenne puis, en cas d'échec, à lui faire payer sa différence en servant de bouc-émissaire au groupe ou à la personne  maltraitante.

Le harcèlement est donc le véhicule le plus courant de la normalisation. C'est une suite d'actions "correctives", puis agressives, puis violentes, envers un individu qui visent, par répétition, à son affaiblissement psychologique puis, s'il ne soumet pas, à sa marginalisation, voire à son exclusion. Il se caractérise, selon Jean Pierre Bellon [7], par trois critères :
        1- la durée ;
        2- la répétition ;
        3- la disproportion des forces
(de statut, de stature ou de nombre).

Il serait bon, pour être complet, d'en rajouter cinq :
        4- la diffusion ;
        5- la gradation ;
        6- l'omerta ;
        7- la négation ;
        8- le retournement.

      La durée
est généralement longue de plusieurs mois à plusieurs années et le harcèlement passe bien souvent inaperçu : la personne se sentant coupable n'ose pas en parler ou redoute les mesures de rétorsions, comme les témoins... muets en cas de dénonciation.

       La répétition
peut être factuelle (en réponse à une "déviance" elle aussi factuelle), mais le plus souvent elle est quotidienne (quolibets, insultes dès l'apparition dans le groupe, avant même toute "déviation").

        La disproportion
est grande : individuelle (de stature par écart d'âge, 4e contre 6e), groupale (en moyenne 3 à 4 contre 1), pédagogique (stature et statut d'adulte ou de pouvoir hiérarchique) qui, par contagion et conformisme corporatif elle peut devenir groupale (plusieurs enseignants et/ou relayée par le groupe classe avec la bénédiction magistrale).

      La diffusion.
Naguère, le harcèlement était circonscrit au groupe restreint, mais aujourd'hui, les facilités offertes par Internet ont changé la donne. La situation peut s'aggraver fortement du fait de la diffusion sur les réseaux sociaux des insultes et autres dépréciations et de la protection de l'anonymat offerte aux auteurs.

      La gradation. Chaque fait qui constitue le harcèlement peut être jugé comme insignifiant par l'entourage et c'est bien là le danger, car sans coup d'arrêt porté, la spirale se met en marche, on va passer des moqueries aux injures et des injures aux coups (parfois filmés et publiés sur le net). Debarbieux, UNICEF [1] :

« Plus le taux de harcèlement augmente plus celui-ci est agi par un groupe : à chaque catégorie de victimation correspond pour le harcèle une universalisation de cette victimation. […] Même pour quelque chose d’aussi apparemment banal que le vol de matériel scolaire cette relation est spectaculaire : 1,3% des non-victimes de harcèlement déclarent avoir souvent été victimes de ce type de vol, vs 48% des victimes de harcèlement très sévère et 28% des victimes de harcèlement sévère. […] Par exemple, chez les élèves non-victimes de harcèlement 0,2% sont victimes de menaces par un groupe de garçons et de filles, contre 23% de ceux qui subissent un harcèlement sévère ou très sévère. »
  
       L'omerta.
Elle n'est pas réservée aux Corses ou aux délinquants. Elle intervient sur trois champs :
1. La victime  qui  se sent coupable de ne pas savoir/pouvoir gérer la situation, de ne pas être "à la hauteur", de ne pas savoir se défendre et qui n'ose rien dire pour ne pas perdre le peu d'estime qu'elle a d'elle-même en avouant son impuissance ou pour ne pas perdre l'amour de ses parents.
2. Le haceleur pour ne pas être puni et qui souvent ne fait que reconduire sur autrui ce qu'il a lui-même vécu plus jeune.
3. L'institution de peur de voir son image dégradée aux yeux des parents et des instances officielles. Parfois aussi, c'est la loi de la jungle érigée comme principe éducatif  : "Il faut bien qu'il apprenne à se défendre".
Le recours à l'adulte est peu utilisé : la plainte n'étant pas prise au sérieux, chaque acte semble bénin et est souvent peu visible (opéré sournoisement). La peur de représailles éventuelles à l'encontre du dénonciateur ferme les bouches. Le groupe se satisfait aussi assez facilement de la création du bouc-émissaire (qui évite à chacun de l'être) et il le rend responsable de la situation. La victime finit aussi par le penser, ne dit rien du traitement qu'elle subit ( peur des représailles encore plus dures, perte de confiance en l'adulte, etc.) ce qui ne fait que renforcer la situation.

        La dénégation.
Elle est fréquente, et pas uniquement de la part du harceleur. Souvent l'institution cherche à minimiser les faits en les faisant passer pour broutilles d'enfants sans importance. "Je n'ai rien vu, rien entendu..."

         Le retournement.
C'est le plus vicieux. Lorsque l'enfant harcelé réagit, à bout de patience, souvent par la violence physique, c'est lui qui se fait punir. De victime, il devient la cause du désordre et comme tel n'en subit que plus fortement les harcèlements, les acteurs  ayant été dédouanés, voire confortés.


 F. Quels signes ?

Ils
sont nombreux, mais souvent peu visibles, du moins au début, car progressifs et indirects :

Signes ± caractéristiques du harcèlement
 Mais, chez les surdoués...
Solitude à l’école (récréation). Centre d'intérêts trop différent.
Baisse du rendement scolaire. Ennui progressif par inadaptation du rythme d'enseignement.
Difficulté d’endormissement.
Ce signe est récurent en dehors de tout harcèlement.
Cauchemar à répétition. Peut avoir d'autres causes.
Perte d’appétit ou boulimie. Peut avoir d'autres causes.
Perte d’affaires (vol, racket). Inattention, manque d'intérêt pour les contingences matérielles.
Somatisations (maux de ventre, maux de têtes... en période scolaire). Ennui massif, inadaptation pédagogique.
Retards fréquents et ciblés. Ennui.
Humeur changeante. Forte réactivité émotionnelle.
Vêtements abimés et déchirés (bousculades, violence physique). Inattention, manque d'intérêt pour les contingences matérielles.
Trace de coups (hématomes fréquents avec explication embarrassée = agressions physiques). Maladresse.
Refus scolaire. Ennui massif, inadaptation pédagogique.
Changement brutal ou progressif de comportement : agressivité, déprime, anorexie, boulimie, pleurs..colères. Ennui massif, inadaptation pédagogique.

  Un seul signe n'est pas suffisant, mais implique une attention soutenue



 G. Quelles conséquences ?

- perte de l’estime de soi, d'importante à très importante,
- repli social,
- absentéisme,
- phobie scolaire (un quart des élèves absents chroniques ne peuvent entrer à l’école parce qu’ils ont peur),
- phobie sociale,
- dépression,
- autoagression (conduites à risque et conduites addictives, prises de risques sexuels, tentatives de suicide. Selon le chercheur norvégien Dan Olweus, un enfant qui est harcelé présente quatre fois plus de risques d'avoir une tendance suicidaire qu'un autre).
- agression (les victimes de violence ont près de 5 fois plus de risques de devenir auteur de violences envers les autres).


 H. Quels chiffres ?

Il est important de mesurer l'impact des différentes formes de la violence et leur importance dans la vie scolaire. Nous nous appuyons sur les données de l'étude UNICEF (2009-2010), de celle de SIVIS (toutes deux avec le concours de l'Éducation nationale) que nous pondérerons par l'étude Baromètre Trajectoires/Afev [4]. Mais aucune étude n'a été réalisée spécifiquement sur notre population.
        Les chiffres rapportés par les deux premières études ne concernent que les faits graves ayant donnés lieu à plainte judiciaire, conseil de discipline ou exclusion temporaire ou définitive. Ils sont donc totalement sous-évalués. Ils ne concernent que les établissements publics qui affichent globalement : 11,20 incidents graves pour 1000 élèves. Mais, les chiffres sont très différents selon le type d'établissement :

Type d'établissement 2007-8 2008-9 2009-10
 École maternelle 0,33 ‰ 0,20 ‰ 0,31‰
 École primaire 0,53 ‰ 0,44 ‰ 0,43 ‰
 Collèges 13,10 ‰ 12,00 ‰ 12,20 ‰
 Lycées professionnels 15,10 ‰ 13,10 ‰ 17,20 ‰
 Lycées généraux et technologiques 4,00 ‰ 3,60 ‰ 4,30 ‰


L'étude de Pacal Bavoux [7] in Trajectoires/AFEV [4] révèle une toute autre appréciation, certes circonscrite au collège, mais qu'on peut extrapoler. Si un quart des élèves y trouvent leur compte, pour 75 % des élèves le collège ne semble pas ou très modérément répondre à leurs attentes ! Situation fort préoccupante et qui provient en grande partie de la structure unique du collège trop orienté vers la voie classique et trop loin des besoins d'aujourd'hui. Par exemple : 16% ne comprennent pas ce qu'on leur demande, et 68% pas souvent, 21% s'ennuient, dont souvent 14%, toujours 7% ; 30% n'aime pas du tout ou pas trop l'école.
        Une des conséquences de ce profond malaise s'inscrit dans la violence : Bavoux note que 52% des enfants se disent victimes des autres élèves ! La différence est plus qu'importante avec l'UNICEF, qui, rappelons-le, ne comptabilise que les actes ayant donné lieu à plainte judiciaire, certificat médical... Or, vu l'omerta entretenue tant par les enfants (bourreaux ou victimes) que par les institutions (minimalisation, déni),  l'évaluation de Pascal Bavoux nous semble plus proche des réalités et de notre expérience que les chiffres officiels :
   
Types de violence    UNICEF Traj./AFEV
Verbale 14,4 % 81 %
Prédation (hors racket) 23,1 % 23 %
Physique 10,1 % 32 %
Racket 4,6 % 9 %

Les violences sexuelles : dont 18,1% (UNICEF) des enfants s'en estiment victimes, soit  :
        - voyeurisme aux toilettes : 20,3%,
        - déshabillage forcé : 14,1%,
        - baiser forcé : 20%.

Les jeux dangereux  (foulard, cannettes) ne concernent heureusement que 7,4% des enfants (UNICEF).

Les harcèlement verbaux (les plus fréquents) ne sont  pas que des mots, mais de véritables maux !

« Aux exigences scolaires plus importantes s’ajoute la pression qui s’instaure entre les élèves en classe. Ainsi 55% des élèves enquêtés déclarent qu’il leur est arrivé que des copains/copines se moquent d’eux. Parmi eux : 51% ont subi des moqueries parce qu’ils ont eu une mauvaise note, 49% parce qu’ils ont donné une mauvaise réponse, 15% parce qu’ils ont eu une bonne note et enfin 11% parce qu’ils ont levé le doigt pour répondre. Ces moqueries en cours ne participent pas à faire de l’espace scolaire un lieu d’apprentissage pour l’ensemble des élèves, quels que soient leur niveau et leurs difficultés. Le « contrôle social » ainsi exercé par les camarades est  à prendre en compte pour comprendre le rapport tendu que peuvent entretenir avec l’École certains élèves, en particulier les plus en difficulté, et ce notamment au regard de l’importance que les élèves enquêtés accordent au regard que peuvent porter leurs camarades sur eux. »
Pascal Bavoux (o.c.) in Baromètre Trajectoires / Afev

Comme 25% des collégiens ne possèdent pas une maîtrise suffisante de la langue française et traînent échec et dévalorisation depuis le début de leur scolarité (en l'absence de mesures d'aides efficaces), il est logique que, ne pouvant négocier par oral, il ne leur reste, s'ils ne sombrent pas dans la passivité, que la violence pour s'affirmer et se valoriser en terme d'estime de soi.
      
« Il faut donc dire que nos résultats rejoignent largement la recherche internationale (voir résumé in Royer 2010) sur la prédominance des garçons à la fois comme victimes et comme agresseurs. Elles montrent qu’y compris dans les catégories des surnoms méchants, de la rumeur ou de la médisance ils sont plus souvent agresseurs que les filles, ce qui permet au passage de tordre le cou à la naturalisation de la violence « sournoise » des filles contre la violence plus brutale (virile ?) des garçons... » UNICEF (o.c.)

Les plus violents physiquement  sont les garçons et la majorité de ceux-ci ont eux-mêmes subis les avanies qu'ils projettent sur les plus jeunes. Un enfant harcelé présente 5 fois plus de risques de devenir harceleur à son tour.

Mais le harcèlement ne concerne pas que les pairs, hélas!

« Qu’il s’agisse de collégiens ou d’élèves de primaire, les enfants perçoivent avant tout leurs enseignants comme des personnes leur transmettant un savoir. En second lieu, un tiers des enfants se sent « compris » par son ou ses enseignants : ce taux  atteint 58% des élèves de primaire, mais n’est toutefois que de 25% pour les collégiens. Les enfants  déclarant ne pas aimer aller à l’école ont une  vision plus critique de leurs enseignants, 20% estimant qu’ils ne les comprennent pas, 16% qu’ils les sanctionnent et 10% qu’ils les dévalorisent. »  [7]

Si un tiers ou un quart seulement des enfants se sentent compris par leur enseignants, c'est quand même préoccupant ! Mais il y a pire, hélas : les insultes viennent pour 4,1% des enseignants, les coups d'adultes de l'école pour 7,2%, mais cela peut s'aggraver pour les garçons, les élèves en retard (2 fois plus souvent), bien que 33% des élèves frappés aient un bon niveau scolaire (UNICEF, o.c.).
 
« Le goût de punir est souvent fort trouble : humilier, dompter, frapper un être fragile, le réduire au silence ou à l'immobilité, ces jeux cruels sont savourés par plus de bonnes âmes qu'on ne croit. Le métier d'éducateur, qui est un métier d'amour, est envahi de sadiques légers. Aussi faut-il distinguer entre la vocation de chef, et ce que P. Janet appelle « fausse énergie de faible. » Celle-ci se manifeste dans l'irritabilité, les exigences tatillonnes, la fréquence et le raffinement des châtiments, dans les rapports avec les inférieurs ; et, à l'envers, dans les rapports avec les supérieurs, par la platitude et la servilité. De la sorte, la complaisance à obéir pourrait parfois être le moyen d'obtenir licence de commander. »
Maurice Marsal, in L'Autorité, édit. PUF, Paris, 1974.   


 Mesures officielles mises en place

Luc Chatel, lors des Assises nationales sur le harcèlement à l'école, présenta un plan de lutte contre le harcèlement à l'école, pour la rentrée 2011-2012. Il le définissait sur quatre axes [Lien] :
   
1- Mieux connaître le harcèlement, notamment par des enquêtes tous les deux ans.
        => Mais il faudrait que ces enquêtes ne reposent pas que sur les cas les plus graves (plaintes) et soumis à la seule déclaration des responsables d'institutions. Il faut aussi interroger les élèves et les parents.

2- Mobiliser tous les acteurs.
        => Mais quand on voit le poids de la parole des parents face à l'institution, le déni systématique opposé par les enseignants quand on parle de harcèlement et le rejet habituel de la cause sur l'enfant harcelé...

3- Former les chefs d'établissement, les enseignants, les équipes éducatives et les représentants des parents, par le moyen de réseau de formateurs dans chaque académie.
          => Mais quand on sait le peu d'emprise de la formation chez les enseignants...

4- Sensibiliser les élèves.
« … par le biais de l'éducation aux valeurs d'humanité, de sympathie, de respect de l'autre. » Luc Chatel « demande à chaque enseignant de faire de la lutte contre le harcèlement un cas concret de mise en œuvre des valeurs acquises dans le cadre du pilier 6 du socle commun de connaissances et de compétences. »
        -> Mais quand l'enseignant est lui même le harceleur ?

Nouveautés 2013 (Lien)
« Les 4 axes du plan de prévention du harcèlement et de la campagne lancée le 26 novembre 2013 : sensibiliser, prévenir, former, prendre en charge. »
        => Un seul vrai changement : la prise en charge.

Mais enfin, des outils concrets à disposition des équipes et des familles
     - un guide "Que faire dans mon école contre le harcèlement ?" et "Que faire dans mon collège et mon lycée contre le harcèlement ?".
    - un guide sur la cyberviolence est à disposition des équipes ainsi que les ressources réalisées par l’association E-Enfance, la Cnil jeune ou encore le
      programme Internet sans crainte
    - un protocole de traitement des situations de harcèlement
    - des conseils sur le site "Agir contre le harcèlement
    - pour les élèves du CP au CM1,  10 dessins animés réalisés par les « Petits citoyens » + guide.
    - pour les élèves de CM1/CM2, plusieurs vidéos réalisées par des élèves pour le prix "Mobilisons-nous contre le harcèlement".
    - pour le second degré, les trois vidéos, "les claques", "les injures" et "les rumeurs" réalisées en 2012 + guides pédagogiques.         
    - 44 vidéos sont mises à disposition sur le Dailymotion Éducation.
    - une plateforme avec une dizaine d’écoutants professionnels, (lundi/vendredi, 9h/18h), ouverte toute l’année sauf du 15 juillet/15 août. (2014 : 3 619 appels).

Quant au cyber-harcèlement, il serait pris en compte et intégré dans le Brevet informatique et Internet. Les élèves devront s'engager expressément à ne pas intimider ou harceler un autre utilisateur. Je doute que ce soit dissuasif. Le partenariat avec Facebook pour fermer le compte des élèves harceleur est un début, nulle autre sanction n'étant prévue, donc dans les deux jours qui suivront le harceleur pourra ouvrir un nouveau compte sur le site et recommencer. Et quid de Twitter, Identi.ca, MySpace, Skyrock,  LinkedIn... ?


 I. Que faire ?

Prendre contact avec l'institution : enseignant, puis directeur, en s'appuyant sur des faits précis et concrets (qui, quand, quoi..., témoignages de camarades, constat médical éventuel). Si rien ne bouge, passer à l'étage au-dessus : numéros verts nationaux :
stop harcèlement 0808 807 010 ou net écoute 0800 200 000.
Enfin, s'adresser au référent académique "harcèlement" de chaque académie et département .
        Mais avant toute chose, si les faits sont graves : retirer provisoirement l'enfant de l'école, en attendant la mise en place d'un règlement de la situation et faire suivre l'enfant.


 Conclusion

Le problème est posé officiellement, mais les bonnes intentions ministérielles seront-elles suivies d'effets probants et rapidement, là est la question. En attendant, ce sont aux parents de rester vigilants, d'exiger l'application des textes, la création des instances prévues.
        L'enfant surdoué, parce que différent, peu enclin naturellement à la violence (sauf carence éducative), trè réactif et idéalisant fortement les rapports humains est, plus souvent que d'autres, victime du harcèlement tant pédagogique que paritaire. Il y a donc lieu d'être particulièrement vigilant, sans tomber pour autant dans la paranoïa et faire du moindre coup reçu d'un copain un attentat à son intégrité physique.
         Mais, l'institution n'est-elle pas elle-même parfois génératrice de violence faite à l'enfant par le déni de sa spécificité ?
     Changer d'école n'est qu'un pis-aller, si l'on n'aide pas l'enfant harcelé, comme le harceleur, à changer de comportement, ils reproduiront ailleurs la même situation. Pourtant la chose n'est pas impossible, sans révolution, certains établissements, après formation, y réussissent, mais cela implique l'accompagnement individuel.

Je remercie Pascal Bavoux (Baromètre Trajectoires / Afev) de nous avoir autorisé à citer de larges extraits de son excellente étude. Elle pose les vrais problèmes, restent à trouver les vraies réponses et à les appliquer vraiment.

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