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Notes












[1] Source :  Lien































































































11. Informer  •  Thémathèque

 11.1.f. Surdoué(e)s et troubles visuels


Nous avions remarqué, dès 1995, que les anomalies visuelles étaient plus fréquentes que la moyenne chez les enfants surdoués : myopie, hypermétropie, astigmatie, ces deux dernières pouvant être concomitantes. Elles passent souvent inaperçues, du moins  ne se révèlent que de façon tardive, en raison des capacités de compensation cognitives des enfants surdoués. Il en est de même pour les anomalies de l'audition. Pourtant, il importe de traiter de façon précoce ce type de troubles qui touchent deux domaines bien différents qu'il importe de bien distinguer : 1/ le domaine ophtalmique, 2/ le domaine orthoptique.


 Du simple bon sens et des marronniers journalistiques

Selon certaines études, abondamment relayées par la presse, sont évoquées comme origine des troubles l'usage abusif des tablettes et autres écrans à LED, en raison d'un lumière trop bleutée ; pour d'autres, c'est l'usage de la vision en 3D avant 13 ans qui serait responsable de la myopie (Association nationale pour l’amélioration de la Vue (AsnaV) Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES).
       Chaque nouvelle avancée technologique voit fleurir ce genre de propos, tel Arago qui prédisait asphyxie et refroidissement violent sous les tunnels ferroviaires, au-delà de 30 km/h. Ainsi les tablettes (et autres smartphones) sont-elles accusées d'appauvrir le langage ou l'orthographe (langage SMS), quand les études scientifiques ont montré qu'il n'en était rien. Il faut raison garder.
          Il va de soi :
1. que la fatigue visuelle ou autre nait de n'importe quelle activité, après un temps propre à chacun et à l'activité.
2. qu'un écran doit être adapté à la vue de chacun (luminosité, contraste, balance des couleurs),
3. que le temps d'exposition doit fluctuer avec l'âge et la fatigue.
        Il s'agit là de précautions de simple bon sens. Cela est également vrai de la lumière naturelle, nous n'avons pas tous la même sensibilité à la luminosité solaire, par exemple.


 Surdoués et troubles visuels

Il est vrai que nombre d’enfants et adultes surdoués présentent des anomalies visuelles qu’il importe de détecter précocement. Les plus courantes sont : la myopie, l’hypermétropie et l’astigmatie, ces deux dernières pouvant être concomitantes. Le strabisme est en revanche peu fréquent. Nous n’avons pas trouvé de lien de cause à effet entre ces particularités et le surdouement; mais de fait, un lien statistique existe. La représentation traditionnelle du « surdoué à lunettes » n’est donc pas éloignée de la réalité.

Ces troubles ont une incidence directe importante sur la coordination motrice, la lecture et l’écriture. Les signes sont assez faciles à dépister [1], mais un seul signe n'est pas suffisant :
    - avant 1 mois :
        * ne fixe pas,
        * ne cligne pas les yeux en défense,
        * manque d’intérêt aux stimuli visuels.

    - de 6 mois à 2 ans :
        * enfant qui se cogne, tombe, butte (peut être aussi purement moteur ou attentionnel), plisse les yeux, grimace, ferme un œil au soleil ;

    - de 2 à 5 ans :
        * fatigabilité aux exercices visuels,
        * problèmes de coordination motrice (peut être aussi purement moteur),

    - après 5 ans :
        * lecture trop rapprochée ;
        * gêne à la vision de loin ;
        * confusion de lettres (peut être dû aussi à une dyslexie) ;
        * céphalées (migraines fréquentes, mais fréquentes aussi chez les surdoués sous stress) ;
        * clignements et plissements des paupières ;
        * rougeur et picotements oculaires.

En cas de difficultés sur ces points, il y a donc lieu de consulter un ophtalmologiste pour appareiller l’enfant ou pour évacuer cette hypothèse, les causes pouvant aussi se trouver ailleurs (difficultés attentionnelles, refus de faire, etc. ).


 Les Troubles neurovisuels

Sous le terme de troubles neurovisuels, on désigne un ensemble de pathologies distinctes qui peuvent toucher les composantes cérébrales du système visuel, en sachant que ces deux voies sont soumises aux capacités attentionnelles :
     * Anomalie sur les voies de commande et de régulation de l'oculomotricité qui contrôlent et régulent le regard.
    * Anomalie portant sur les troubles du décodage cérébral de la signification de l'image rétinienne (agnosie visuelle). Celle-ci n'ayant pas été repérée dans notre population, nous n'en parlerons pas.

L'oculomotricité a effectivement des incidences sur la lecture et l’écrit, mais attention, d’autres causes peuvent aussi donner les mêmes signes, il importe donc de bien les distinguer. Nous donnerons ici les autres causes possibles en regard des signes orthoptiques donnés comme significatifs.

Signes orthoptiques (oculomoteurs) Autres causes possibles chez les surdoués
Lenteur pour les activités scolaires (alors que par ailleurs ce sont  des enfants vifs). Manque d’intérêt, système dépressif, refus de faire.
Fatigabilité avec une dégradation dans la durée de la tâche cognitive demandée. Manque d’intérêt, activité répétitive, refus larvé.
Mauvaise posture : se tient mal sur sa chaise, se tortille. Suractivité due à l’ennui.
Parfois maux de tête. Somatisation fréquente avec causes diverses.
Larmoiements. Conjonctivite virale, rhume.
Enfant plus performant à l'oral qu'à l'écrit. C'est quasi le cas des enfants surdoués à prédominance verbale prononcée.
Lecture : sauts de mots, de lignes, inversions de syllabes.
Manque d’attention, impulsivité. Voire dyslexie.
Manque de fluidité, lenteur.
Peur de se tromper, du jugement de l'adulte, perfectionnisme, refus de faire masqué, dépression, problème de compréhen- sion (absence de sens pour l’enfant).
Orthographe : difficultés de mémorisation visuelle de la forme globale du mot (orthographe d'usage en particulier).
Peut être aussi dû à une absence d’intérêt pour cette activité ( impression d’absence de logique ou d’une logique non ou mal expliquée).
Copie : lenteur, oublis de lettres, de mots ou de lignes. L'enfant est obligé d'effectuer plusieurs  aller-retour  visuels au tableau pour recopier un mot. Difficulté pour photographier l'ensemble des lettres du mot.
Difficultés attentionnelles. Peur de ne pas être assez rapide par rapport aux autres (angoisse de performance). Difficultés gra- pho/psychomotrices. Perfectionnisme.
Écriture irrégulière, peu soignée, mauvais respect de la ligne.
Fréquent au début de l’apprentissage sans qu’il y ait patholo- gie. Difficultés graphomotrices (raideur de la main par stress). Codes graphiques implicites non-expliqués. Manque d'intérêt pour le graphisme (trop lent) au profit de l'oral.
Calcul : chiffres mal alignés (opération en colonne).
Idem écriture.
Difficulté de repérage dans les tableaux à double entrée.
Peut être dû aussi à un manque d’attention ou à la non-com- préhension de la consigne ou au répétitif.
Géométrie : difficultés pour reproduire une figure dans un qua- drillage, pour relier deux points, pour mesurer précisément.
Difficultés graphomotrices. Non-compréhension de la consigne (trop implicite). Manque d'intérêt pour le graphisme (trop lent).

Si plusieurs signes sont présents dans la colonne de gauche, en ayant éliminé les causes possibles de la colonne de droite, alors, il y a lieu de consulter un orthoptiste spécialisé dans les atteintes neurovisuelles.



La difficulté du diagnostic avec les personnes surdouées vient :
       1/ de phénomènes de compensation cognitive de faiblesses physiologiques, qui peuvent masquer longtemps les troubles.
       2/ de ce que leurs spécificités peuvent assez facilement, pour des professionnels non-avertis, passer pour des pathologies diverses, voire contradictoires. Il y a donc lieu d'être prudent avant d'avancer une quelconque dys-quelque chose.
       Nous avons trop vu d'enfants trainés de spécialistes en spécialistes médicaux pour traiter les effets somatiques, sans que la cause : le surdouement soit jamais prise en compte. Ne traiter que les effets ne produit qu'un résultat tout au plus éphémère ou ne fait que déplacer le symptôme sur une autre zone de fragilité.
       Par ailleurs, ne pas traiter les effets, laisse la personne dans sa souffrance, ce qui n'est pas acceptable non plus et ne peut qu'aggraver les choses.
          La solution se trouve, comme souvent chez les surdoués, dans l'analyse objective des faits, dans la mise en perspective globale de la personne et dans la complémentarité des approches, non dans l'enfermement des spécialités dans leur tour d'ivoire.

Dans le doute, il y a toujours lieu de consulter un ophtalmologiste, soit pour évacuer cette hypothèse, soit la traiter;

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