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11. Informer  •  Thémathèque

 11.1.h. Surdoués et doctinets 


La "toile" est par définition un lieu de partage de la connaissance, du moins c’était son but premier. Ainsi, se développent à partir d’individus divers des blogs, des forums publics, parfois fort courus, censés créer un lien entre internautes et dispenser informations pertinentes et conseils avisés.

Le but d’un forum, en principe, est aussi de permettre la libre expression de tout un chacun, la confrontation des idées et le partage de connaissances grâce à la variété de ses adhérents, donc la possibilité d’obtenir une aide précieuse pour obtenir telle ou telle information difficile à trouver. Cela marche assez bien sur les thèmes techniques, par exemple pour l’informatique, l’entraide est manifeste et très souvent de bonne qualité.

Nous nous sommes particulièrement intéressés aux forums  ayant trait au surdouement ou à ceux où ce thème est traité. Nombre de parents démunis (sur le plan informatif) se rendent en ces lieux supposés providentiels pour leur fournir les éléments qui leur manquent et qu’il espèrent ainsi trouver plus facilement. Quête tout à fait légitime dans un monde de plus en plus complexe.

Mais comment juger de la fiabilité des informations reçues ?
       

 De la fiabilité des sources

Il nous semble que la fiabilité de la source s’articule autour de :  
1) la qualité de l’informateur,
2/ la qualité de l'échange,
2) la qualité de l’information.


 La qualité de l'informateur

Certes, décliner une identité, des titres professionnels ou une expérience n’est pas une garantie absolue d’objectivité, voire de compétence plénière, mais au moins s’exerce alors une certaine transparence : on sait qui parle et d’où il parle. On est à même, alors, de prendre un certain recul par rapport au discours tenu et de se faire sa propre religion.
          Mais, paradoxe, dans une époque qui prône tant la transparence et honnit officiellement la burka, le répondeur (R) n’apparaît au questionneur (Q) que sous le voile intégral de l’anonymat, même dans des sources qui se veulent sérieuses (à tendance scientifique ou médicale). Donc exit toute information sur la compétence du répondeur.
           Certain site distribue même des grades : de diamant, d’or, d’argent... et même “hors compétition”, sans que l’on puisse savoir : ni qui les attribue, ni sur quels critères (universitaires, professionnels, expérience ou accros du site ?) il se fonde pour les attribuer. Ainsi s’auto-proclament des  « doctinets », supposés experts es matière.
Ça mousse, ça mousse... chez les anonymousses !

Puisque de la qualité du répondeur ne se peut déduire une qualification certaine, il ne reste donc au questionneur que la qualité de l'échange et/ou celle de la réponse.


 La qualité de l'échange

Même quand la question est formulée de façon maladroite ou fait montre d’une inquiétude exagérée, il n’en reste pas moins que cette personne a droit de la part de son interlocuteur, si docte soit-il, à une écoute attentive de sa situation, à un minimum de respect et d’aménité dans la réponse produite. Bref d’essayer de comprendre et la personne et le problème posé, avant que d’asséner doctissimement, et je dois le dire sans beaucoup de précautions oratoires, un diktat définitif, très souvent teinté d’ironie déplacée, quand ce n’est pas plus virulent. L’enflure de l’ego transparaît alors sous la burka de l’anonymousse : cuistrerie ?


 La qualité de l'information

De quoi peut-elle dépendre ?
a) de sa pertinence ;
b) de son ampleur ou de sa profondeur ;
c) des références citées ;
d) de la clarté des concepts qui sous-tendent l’information et de celle du vocabulaire employé ;

a) De la pertinence
Il s’agit de donner, pour le moins, des informations justes, adaptées à la question. Exemples (extraits) :

Q : « Ma fille n'est pas précoce, enfin je ne pense pas, juste très curieuse... mais a un gros soucis de comportement à l'école (bavarde, ne tient pas en place, n'écoute pas ce que dit la maîtresse etc.), elle s'ennuie et décroche complètement. »
R d’or : L'abonner à "J'aime lire", et la laisser emporter des livres à l'école.
R d’argentOui et lui dire de se laisser-aller à dire ce qu'elle veut. Elle l'est sans nul doute. Alors l'adaptation suivra vite

Doctinet d'or ou d'argent, ces réponses laconiques, pour péremptoires qu'elles soient, sont ineptes. Quand un parent se pose la question du surdouement, la réponse première est : le test, pour vérifier l'hypothèse et dégager le profil de l'enfant. La seconde est d'informer l'enseignant et de négocier, si besoin, un aménagement du cursus. Un abonnement à "J'aime lire" ne résoudra rien en terme d'ennui et de comportement scolaire, c'est aussi nier l'importance pédagogique de l'enseignant et sa responsabilité. Quant à "lui laisser dire ce qu'elle veut", je ne pense pas que cela puisse arranger la relation enfant/enseignant. Si l'adaptation suivait vite du fait de la libération de la parole, cela se saurait, je crains fort plutôt que cette "libération" n'amplifie les problèmes relationnels, ne résolve pas le manque d'attention et ne comble pas vraiment l'ennui et ne libère que l'acrimonie du magister.

Q : « Suite à un rdv avec la maîtresse de ma fille (5 ans en Grande Section) cette dernière a évoqué le fait que P. était en avance, voir largement au-dessus des compétences demandées à ce niveau. (…) Mais n'ayant que des "suppositions" et au vu de son niveau et de son comportement, je me demande si ça vaut le coup de se poser la question maintenant, afin de prendre ça tôt si c'est vérifié par un test; ou bien si c'est justement trop tôt pour le faire... »
R d’or : La question qui reste à poser est "quand"... Parce qu'avant 6 ans, le test sera certainement un WPPSI, moins fiable que le WISC IV qui ne se fait qu'à partir de 6 ans...

Il s'agit là d'une erreur grossière, toutes les études de fiabilité des tests et des corrélations entre tests montrent bien la validité de la WPPSI pour la détection du surdouement avant 6 ans. Quand ? Mais tout de suite ! Est-il besoin d'attendre qu'apparaissent difficultés comportementales ou somatisations pour statuer ? Savoir, c'est prévenir, c'est éviter des souffrances inutiles. Certes, à 5 ans, tout n'est pas en place cérébralement (mais notre cerveau n'évolue-t-il pas jusqu'en fin de vie). Certes, il serait bon vers 8-10 ans de passer un WISC, plus complet, mais attendre c'est faire la politique de l'autruche et prendre des risques de chronicisation des difficultés.

Ces exemples sont assez représentatif de ce que l’on peut trouver et ils sont hélas légion. Mais, il est vrai aussi qu’on y trouve aussi des réponses pertinentes et ajustées, elles sont alors moins fréquemment anonymes. Mais, le plus souvent, la réponse est noyée dans un fatras pseudo-compassionnel où le doctinet juge la situation à l’aune de son émotion et /ou de son propre cas (le seul connu, mais jugé archétypal), quand nous ne tombons pas dans des luttes de chapelles aussi stupides qu’inefficaces pour le questionneur.

b) de son ampleur ou de sa profondeur
Si l’exposé de la situation par le questionneur (surtout des mères) est généralement assez long, documenté et précis, par contre, les réponses sont du style lapidaire (voir exemple plus haut), sans véritable prise en compte de l’inquiétude du demandeur, pourtant rassurer peut faire aussi partie de l’échange. Les réponses très doctorales, voire pontificales, quant à la forme, le sont hélas beaucoup moins, voire pas du tout, quant au contenu.

c) des références citées
Bien des gens ont écrit sur le sujet, il est vrai pas toujours avec pertinence, mais les études scientifiques bien qu'assez peu nombreuses (surtout en France), ne sont pas inexistantes et assez faciles d’accès. Or, on ne trouve guère que des sources grand public d'auteurs plus médiatiques que scientifiques et bien éloignées des dernières données, notamment de la neurologie et de la neuropsychologie. Le doctinet, qu’il soit d’or ou d’argent, n’a lu qu'un seul livre, mal en général, et ne le confronte jamais à d’autres sources puisqu’il a trouvé sa Sainte Bible et un pape/papesse doté(e) de l'infaillibilité pontificale. Et encore, il ne s’agit que de citer l’auteur, pas même l’ouvrage et encore moins de relater une quelconque citation de l’auteur pour étayer son argumentation, comme si le seul nom cité tenait lieu au doctinet de compétence ou de diplôme es-qualité, sans doute par un effet de Révélation Divine. La véritable information est de source plurielle, scientifique et contradictoire, elle est plus complexe mais pas inabordable avec un peu d'effort.

d) de la clarté des concepts qui sous-tendent l’information et de celle du vocabulaire employé.
La confusion la plus totale règne dans ce domaine, il est vrai que la terminologie développée est aussi diverse que le sont les associations : surdoué, haut potentiel, précoce, HQI, voire carrément loufoques : zèbre, indigo, APIE (Atypique Personne dans l'Intelligence et l'Émotion (sic), PESM (Personne Encombrée de Surefficience Mentale (sic) [Voir : Approche lexicale]. La confusion est encore plus grande entre surdouement, précocité, talent, compétences dans un joyeux amalgame ou tout est dans tout et inversement.
     La langue française est pourtant précise et le discours scientifique use en général d’un langage technique lui aussi précis et circonstancié. Hélas : les prises de position des dits doctinets sont impériales. Leur assurance n’a d’égale que leur notable insuffisance : « La confiture, moins on en, a plus on l’étale. »
        Diafoirus, cher à Molière, est de retour. Au jeux olympiques de la cuistrerie, on décerne des médailles de diamant, d’or et d’argent. Ces doctinets autoproclammés sous leur anonymat règnent en petits-maîtres. Demandez donc au répondeur de vous décliner : curriculum vitae, diplômes es-qualité, l’étendue de son expérience ou de ses lectures... La burkanet est bien pratique.


Peut-on attendre de ces forums autre chose qu’une collection de lieux communs les plus éculés, de préjugés les plus basiques, d’approximations les plus hasardeuses, bref, une anthologie des brèves de comptoir, si chère à Jean Carmet, équivalent en plus débridé - l’anonymat l’autorise - du Café du Commerce à l’heure de l’apéro après le sixième pastis ?

Internet est, comme la langue d’Ésope, la meilleure et la pire des choses.

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