Sommaire

Thémathèque

Table des matières

P. Analogique vs analytique
   A. La pensée analogique
   B. La pensée analytique

Notes


[1] Contrairement à certaine "théorie" à la mode, voir :
Pensée arborescente et/ou simultanée)

































[2]  Joshua Greene et alt. in Divine Intuition : Cognitive Style Influences Belief in God. Publié dans le Journal of Experimental Psychology, Univ. Harvard, 2011.





[3 Voir : O. Corneille (Univ. De Louvain), in Nos préférences sous influences, Éd. Mardaga, 2010. Lien

[4] Jacques Lautrey, in Les chemins de la connaissance, 1991, Persée. Lien



11. Informer  •  Thémathèque

 11.1.k. Pensée analytique vs analogique 


À propos des personnes surdouées, certaines thèses mettent en opposition pensée analytique et pensée analogique ou intuitive, comme si ces personnes étaient indéfectiblement et constitutionnellement orientées sur un seul mode de fonctionnement. On retrouve cette thèse notamment à propos de l'antagonisme prétendu entre cerveau droit et cerveau gauche (Voir : Mythes). Il s'agit là d'une aberration pseudo-scientifique, tant sur le plan anatomique que fonctionnel.
         Sur le plan anatomique, c'est oublier que les deux hémisphères cérébraux sont reliés par le corps calleux qui assure en permanence et la transmissions et la coordination des informations entre les deux hémisphères.
           Sur le plan fonctionnel, si nous avons deux mains, avec une préférence droitière ou gauchère, il n'empêche que, quelle que soit notre latéralisation, pour nombre de tâches nous utiliserons les deux mains conjointement et pour d'autres, selon la situation, tantôt l'une, tantôt l'autre. Il en est de même pour notre mode de pensée.
           Ces deux modes de pensée sont complémentaires. Ils alternent (surdoué ou pas) selon la pertinence face à la situation.


 A. La pensée analogique

Elle est liée à la capacité de catégorisation, c'est-à-dire de ranger dans un registre commun des éléments semblables ou perçus comme tels et de mémo- riser cette organisation.

Un fonctionnement séquentiel et non-simultané [1] :
1. les élément doivent être mémorisés et encodés (rangés dans une catégorie, Cat. 1, Cat. 2...) ;
2. apparaît une relation de proximité entre x et a et b ;
3. on pense x plus semblable à b,  a et c sont donc exclus ;
4. on chercher une nouvelle relation de proximité  entre (x+b) et d, e, f  ;
5. on en déduit que f est plus semblable à (x et b), d et e sont exclus ;
6. donc x = b+f.

La pensée analogique est rapide, globalisante, mais elle fonctionne sur une représentation de la réalité, sur des images (complexe neuronal). Elle dépend donc de la qualité de ces images dans leur rapport à la réalité.

  La comparaison, la métaphore sont de cet ordre.
Mais attention : similarité n'est pas égalité.

• Avantage  : la pensée analogique est rapide et novatrice lorsqu’elle met en relations des domaines ordinairement séparés.
• Inconvénient : une fausse représentation (voir, par exemple, les illusions d'optique) peut induire une pensée erronée, alors que la déduction logique semble valide. Elle peut mener à la généralisation hâtive. .

Un bon exemple de faux raisonnement analogique : la pensée en arborescence.
         La richesse neuronale s'organise en arborescence (anatomiquement vrai), les neurones produisent la pensée (fonctionnellement vrai), la pensée des surdoués est plus riche (métriquement vrai), donc leur pensée est arborescente. C'est le type même du syllogisme paralogique. Voir : Mythes : La pensée en arborescence.


 B. La pensée analytique

Elle intervient lorsqu'un jugement intuitif est insuffisant, elle permet alors de réduire les effets négatifs de ce dernier. Cette pensée est plus lente et requiert plus d'effort. Elle n'est pas mise en opération pour toutes les décisions et jugements de la vie quotidienne (c'est la raison pour laquelle la désinformation fonctionne si bien, par amalgame).

La pensée analytique consiste à décomposer le tout en éléments simples (et non en images globales) qui sont identifiés, catégorisés et évalués les uns par rapport aux autres pour obtenir par calcul l'élément le plus juste, puis à l'évaluer avec d'autres éléments et enfin de conjuguer les éléments retenus.

Greene et alt. [2]  avaient demandé à des centaines de volontaires de résoudre trois problèmes faisant appel à des réponses intuitives. Par exemple : 
« Une raquette de tennis [R] et une balle [B] coutent 1,10 € au total. La raquette coute 1.00 euro de plus que la balle. Combien coûte la balle ? »

Analogiquement, on pense de suite :  0,10 €.
         Mais, si l'on pense analytiquement en décomposant les données :
B+R = 1,10 €,  mais R = B+1 => (B+(B+1)) = 1,10 € => (2B+1) = 1,10 €
=> (2B+1)-1 = (1,10-1) donc 2B = 0,10 et B= 0,10/2, soit 0,05 €.
         Et c'est la bonne réponse. Là aussi le processus est séquentiel.

Ces deux modes de pensée sont pertinents, le premier permet une réponse rapide pour les situations les plus courantes ou l'approximation est suffisante pour prendre une décision immédiate. Par contre, les situations complexes impliquent la pensée analytique pour une prise de décision juste et pertinente. Nous utilisons les deux modes, selon les situations. [3]

Caractériser les surdoués comme étant analogiques est une ineptie, si c'était le cas ils ne réussiraient pas les tests. Laissons le mot de la fin à Jacques Lautrey [4] :
« Les caractéristiques des différents modes de traitement envisagés sont celles des processus et ne peuvent être attribuées sans autre forme de procès aux sujets. Ce sont les processus qui sont globaux ou analytiques, mais il est impropre de désigner, sans autres spécifications, des sujets comme globaux ou analytiques, référentiels ou expressifs. Comme on l'a vu, les modifications de la situation peuvent faire qu'un sujet utilisant jusque-là un traitement global passe à un traitement analytique. Ce n'est donc pas le sujet qui peut être caractérisé de façon permanente comme global ou analytique. »

Sommaire  •  ThémathèqueHaut de page