Sommaire

Mythothèque

Table des matières

1• La pensée en arborescence
   • L'origine de la confusion
   • L'aspect fonctionnel
   • L'aspect énergétique
2• La pensée simultanée


Notes






















































[1] Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), in Les amis trop d'accord.




[2] Changeux (J-P), in L'homme neuronal, Fayard, 1993. Voir aussi Laborit...
















[3] Pensée-flash : nous nom- mons pensée-flash, une pro- duction cognitive, non-cons- ciente liant par analogie des éléments auto-didactiques ou didactiques, de façon automa- tique et à émergence fulgu- rante. Non mémorisée, cette pensée doit être exposée dans l'instant sous peine de sentiment de perte.


[3] Mythographes : produc- teurs de mythes et autres légendes urbaines, de conte- nus simplistes et non-scien- tifiques, mais proférés docto- ralement sur les plateaux TV.



11. Informer  •  Mythothèque

 11.2.a.  La pensée arborescente et/ou simultanée


 1. La pensée en « arborescence »

Selon un vieil adage  : 
« Tous les chemins mènent à Rome. »,
mais lorsque vous voulez vous y rendre, vous n'en utilisez qu'un seul !
C'est toute la différence entre la carte et le trajet.

Confondre les deux est pour le moins problématique. C'est pourtant ce que profère la "théorie" de la pensée en arborescence, reprise à l'encan sur Internet et ailleurs. Examinons cette pseudo théorie à deux niveaux : fonctionnel et énergétique.


 L'origine de la confusion

Elle est issue de la pensée analogique par comparaison avec le réseau neuronal qui se déploie effectivement de façon arborescente, mais là aussi la carte n'est pas le trajet.
       Le nombre de neurones est estimé entre 86 et 100 milliards, mais le cerveau n'est pas le seul organe qui en est pourvu : l'intestin,par exemple, en compte environ 200 millions.
       Chaque neurone peut avoir de 1 à 100 000 liaisons avec une moyenne autour de 10 000.

Mais, ± 80% des neurones sont dévolus à d'autres fonctions que le cognitif : régulation du méta- bolisme (rythme cardiaque, respiratoire, homéothermie, motricité, perception et proprioception, synchronisation cérébrale...), fonctions indispensables à la survie et donc prioritaires chez tous les êtres vivants.


 L'aspect fonctionnel

Lorsque nous pensons, surdoués ou non, nous n'activons que certains circuits neuronaux, spécifiques à la tâche à accomplir, mais aussi propre à chaque individu, nous ne pensons pas tous de la même façon.

Si nous utilisions tous nos circuits neuronaux, l'inflation d'informations serait telle que nous n'aboutirions qu'à la con- fusion la plus totale, à l'impossibilité de prendre la moindre décision ou d'arriver à la moindre conclusion, ce qui est pourtant bien le but de la pensée, du moins rationnelle.

Par ailleurs, les fonctions vitales ne pourraient plus être as- surées ce qui arrêterait très vite et la pensée... et la vie.


  L'aspect énergétique

Source

Cette représentation est schématique à dessein, les images issues d'IRM sont si complexes qu'elles  sont peu lisibles.

Le cerveau bien que ne représentant qu'environ 2% du poids du corps, utilise  ± 20% de l'énergie consommée par celui-ci (oxygène et glucides). Un individu moyen (±75 kg, activité moyenne) consomme une ration calorique évaluée à 2500 kcal par jour. Le cerveau consomme donc 20 % de la ration soit : 500 kcal/jour. La consommation énergétique d'un  travail cognitif moyen est évalué à 5% , soit une consommation énergétique de 25 kcal. Si nous utilisions notre cerveau de façon arborescente, la moindre pensée utiliserait donc 475 kcal, c'est-à-dire que le cerveau ne disposerait plus d'énergie pour réguler son propre métabolisme, pendant le travail cognitif. Ce dernier ne pourrait alors survivre bien longtemps, entraînant la mort de l'individu.

Cette affirmation pseudo-logique qui résulte d'une analogie toute gratuite ne tient pas scientifiquement.
Un autre vieil adage ne spécifie-t-il pas :
« Comparaison n'est pas raison. »
Dont acte.

 2. La pensée « simultanée »

Avatar de même source rédactionnelle, mais d'origine différente quant à la conception, il se profère doctement et pollue nombre de blogs et articles divers. C'est le fils naturel du concept précédent.

       Raisonnement pseudo-logique :
Puisque les surdoués ont un fonctionnement en arborescence, ils peuvent donc mener simultanément plusieurs tâches.
(On ne prête qu'aux riches !)

Je recevais, il y a peu, un ingénieur surdoué qui me faisait part de ses difficultés avec ses collègues :
« Je traite en même temps trois dossiers quand les autres n'arrivent que péniblement à en traiter un. D'où jalousie !
— C'est donc un traitement simultané ?
— Non, pas vraiment, je passe alternativement d'un dossier à l'autre, je passe 10 mn sur l'un, puis je passe au suivant, puis reviens au premier et ainsi de suite. Ça me permet de maintenir la concentration et d'éviter l'ennui ou la fatigue »

Cette stratégie est habile : « L'ennui naquit un jour de l'uniformité » [1] , car la fatigue se combat tout autant par le changement d'activité que par l'absence d'activité. Mais, il n'y a rien là de simultané.

Cette pensée prétendue « simultanée » résulte de la confusion :
1/ avec le traitement simultané de la perception, la construction cérébrale d'une image se distribue simultanément sur différents modules neuronaux (contraste, couleur (RVB), luminosité, etc.) informations convergeant ensuite pour mémoriser un global-image, idem pour le son (fréquence, amplitude, harmoniques, répétition, durée...) donnant un global-son. Il y a une différence entre le percept (sensation) et le concept (Changeux [2]). Pensée n'est pas perception et vs.
2/ avec la rapidité du rendement idéationnel propre aux surdoués.  Rapidité n'est pas simultanéité.

« La simultanéité  est le fait que deux évènements se produisent au même moment. » .
       Or, la pensée s'inscrit et dans le temps et dans l'espace neuronal. Les différentes étapes ne se produisant que successivement (temps) et activent des groupes neuronaux différents (espace), ne peuvent donc être simultanées.

La pensée A1 explore un groupe de neurones E1, dans le temps t1, puis opère un choix D1 dans les éléments en t2, puis conjugue l'élément choisi avec l'élément premier enrichissant ainsi la pensée. Le processus recommence en E2/t3, etc. et ainsi de suite jusqu'à la plénitude idéa- tionnelle : la solution qui arrête le processus : celui-ci n'est donc pas exponentiel.
       Que le mode de pensée soit analogique par comparaison ou analytique par calcul, le proces- sus est bien le même. Voir : analogique vs analytique.
       Le passage d'un groupe à un autre implique un temps de transmission (même très rapide), puis le temps du choix qui permet l'acquisition nouvelle, puis le temps d'une nouvelle exploration, etc.
       La pensée ne peut donc être que séquentielle et non simultanée. L'ordinateur ne procède pas autrement s'il n'a qu'une seule unité centrale. La pensée s'opère donc en cascade.
       Même dans la pensée-flash [3], la fulgurance qui en résulte ne doit pas être confondue avec une simultanéité, elle ressort de l'automatisme qui réduit les temps de transmission et élimine le parasitage éventuel, occasion de ralentissement de la pensée consciente (distraction, fatigue...).

Il est souvent évoqué, comme conséquence de la « pensée en arborescence », la difficulté d'opérer un choix dans l'amplitude des acquisitions, or cela ne résulte pas d'une arborescence, mais de l'inhibition de latence, c'est-à-dire de l'incapacité à inhiber les éléments non-pertinents ou de la difficulté à assumer le choix par peur des conséquences.
       Autre exemple : l'arbre généalogique. Il se déploie certes en arborescence, mais il est bien séquentiel et se développe dans le temps (de 20 à 30 ans entre chaque génération) et l'espace (migrations, exode rural...).
       Un excellent exemple visuel de la séquentialité de la pensée est présenté par Dehaene dans Les neurones de la lecture. Lien

Avoir l'intuition de... est excellent, les scientifiques ne procèdent pas autrement en élaborant des hypothèses, mais la grande différence d'avec les mythographes [3], c'est qu'ensuite ils vérifient longuement et précisément leurs intuitions à partir de l'analyse de faits objectifs et de calculs, les soumettent à la contradiction de leurs collègues avant de publier le résultats de leurs recherches. Les mythographes s'en tiennent seulement à l'intuition, leurs discours sont logiques certes, mais le point de départ étant invérifié/invérifiable, leurs conclusions ne relèvent que du mythe et non de la réalité.

Il est navrant de voir proliférer de telles fausses représentations sous prétexte de vulgarisation, thèses qui non seulement ne s'appuient sur aucun travail scientifique sérieux, mais vont tout-à-fait à l'encontre eds résultats de ceux-ci.

Le simplisme a des limites. Il ne sert ni ces auteurs, ni la population qu'ils sont censés décrire et accompagner.

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