Sommaire

 Mythothèque

Table des matières

Complexes ou laminaires
   • Origine
   • Aspect lexical
   • Caractéristiques catégor.
   • Réflexions



Notes

[1]






















































[2] Alain Gauvrit, in Le com- plexe de l'albatros, 1995).






11. Informer  •  Mythothèque

11.2.c.  Surdoués  : complexes vs laminaires


Une théorie récente propose de classer les personnes surdouées en deux catégories, selon qu'elles fonctionneraient de façon complexe ou laminaire. Devant le fonctionnement très hétérogène de la population surdouée, la tentation est grande de vouloir simplifier les choses, mais cela répond-t-il de la réalité ? L'aspect binaire, donc très réducteur de cette thèse, ne serait-il qu'un avatar de plus du manichéisme ordinaire ? Penchons-nous donc sur ce nouveau concept :

« les surdoués complexes vs les surdoués laminaires. »

  Origine

Fany Nusbaum et alt. in Les deux formes d’expression du haut potentiel intellectuel chez l’enfant. 2011. Psyrene. . Lien


 Aspect lexical

Il importe en premier lieu d'explorer le sens des deux termes choisis. Le vocabulaire employé pour définir une catégorie se doit d'être évocateur de la réalité rencontrée, avec le moins d'ambigüité possible.

 Complexe :
« Un complexe est un ensemble qui comprend un certain nombre de parties, en particulier avec des parties interconnectées ou reliées mutuellement. » Wikipédia.

Il s'agirait donc d'un certain nombre d'individus (ensemble) ayant entre eux des interconnexions mutuelles (parties). Puisque spécifique à cette catégorie, les autres en seraient donc dépourvus.
 Laminaire :
1. En forme de lame.
2. Qualifie l’écoulement régulier d'un fluide, où les trajectoires des particules du fluide sont quasiment parallèles. Wiktionnaire

Il s'agirait donc, par métaphore, d'un ensemble d'enfants ayant des trajectoires similaires et parallèles. Les autres auraient donc des trajectoires divergentes et non-fluides.

Les caractéristiques de l'une ne peuvent donc interférer avec l'autre, sinon la dicothomie n'a plus de sens. Qu'en est-il ?


 Caractéristiques catégorielles selon l'auteur

 Complexe :
« En résumé, l’enfant à Haut Potentiel Intellectuel, profil Complexe, bénéficie d’une pensée hors normes, d’une grande créativité et d’une capacité d’attachement considérable. Cependant, son inconstance dans l’effort et les irrégularités dans ses capacités cognitives, psycho- motrices et relationnelles font de lui un enfant souvent fragile, isolé et en souffrance qu’il convient d’accompagner pour valoriser son poten tiel et minimiser ses handicaps.

 Laminaire :
« En résumé, l’enfant à Haut Potentiel Intellectuel, profil Laminaire, bénéficie de capacités cognitives, psychomotrices et relationnelles de bon niveau et, le plus important, en adéquation avec son environ- nement. Il n’éprouve ainsi pas la nécessité de défendre ou d’imposer sa place au sein du monde, puisqu’il sent cette place déjà acquise. Si aucun traumatisme ne vient freiner son évolution, le parcours de vie de cet enfant se révèle en général constructif et adapté. »


 Ce qui amène à quelques réflexions

       1/ Limiter les profils à deux composantes est très réducteur, il existe une infinité de profils différents selon l'âge, le sexe, l’histoire personnelle, le milieu aménitaire ou non... ce concept  binaire ne rend pas compte de la diversité des profils rencontrés.

           2/ Seul, le laminaire serait bien synchronisé (intellect, affectif, psychomoteur, en reprise de la thèse dyssynchronique de Terrassier), et chez le complexe ce serait donc : l'anarchie, la dissociation ! Donc, seul le complexe "bénéficie d'une pensée hors-normes", mais étant tous deux surdoués ne sont-ils pas par la même hors-nomes tous les deux ? L'attachement considérable n'est pas natif, il résulte d'un système compensatoire aux avanies subies du fait  de l'environnement.

          3/ L’appellation profil complexe par opposition à profil laminaire signifie donc que le second n'est pas complexe. Pourtant, à l'expérience, les deux sont aussi complexes (en termes de profils, attentes, besoins...). Par ailleurs, les irrégularités cognitives sont constitutives de la très grande majorité des enfants surdoués ( Voir : Grégoire, Liratni, Vaivre-Douret, Morin : nos études sur le WISC III et IV et le SEI) et ne peuvent s'attribuer exclusivement au seul profil dit complexe. Le profil laminaire ne serait que de "bon niveau", mais quel niveau, à quelle hauteur ? Toujours selon notre expérience, ce type de profil ne dépend nullement du niveau de QIT, mais de la pression sociale/scolaire (Brunault, Gauvrit, Morin).

        4/ Nous n'avons peut-être pas vu assez d'enfants surdoués, juste quelques milliers, mais les seuls profils correspondant au laminaire se situaient soit dans l'auto-conformation à visée d'adaptation groupale/scolaire/sociale, mais au détriment de leur personnalité réelle, soit subissaient une normalisation outrancière de l'environnement, notamment scolaire. Malheureusement, cette catégorie laminaire apparemment idyllique se retrouve rapidement (adolescents) ou plus tardivement (adultes) dans la dépres- sion, le déni de soi, la perte d'estime de soi... Parcours que nous ne trouvons pas particulièrement constructif.

       5/ Cette thèse laisse entendre qu'il s'agit d'une conformation native de l'enfant quand elle n'est que réactive. En effet, elle ne décrit pas réellement deux types d'enfants, mais simplement deux types de réactions qui peuvent concerner le même individu à des instants différents, en raison de la pression interne ou externe et de sa résistance au stress, soit native, soit parce que n'y ayant été que peu soumis (milieu favorable). Le mode laminaire n'est dominant de façon pérenne et que « tant que... » (l'auteur le dit elle-même), ce qui n'exclut donc pas qu'il ne puisse alors basculer « complexe » en sortant de sa léthargie et se rebeller.

       6/ Si l'enfant HPI Laminaire est « en adéquation avec son environnement », c'est parce que sa survie affective et sociale en dépend, il n'a pas acquis sa « place », par on ne sait quelle magie, mais on lui a autorisé ou il ne s'est permis que celle-là (Voir A. Gauvrit, 1995 [2] ).

        7/ Parler de « handicap » pour des troubles heureusement réductibles par un accompagnement ciblé est fortement inadéquat.



En fait, s'il y a bien une distinction à faire, c'est de différencier : a/ l'enfant à profil complexe et, pour rester dans la méta- phore mécanique, b/ l'enfant à profil laminé. Ce laminage se produit à la suite de passages entre deux pressions contradictoires (cylindres contra-rotatif) : 1/ la pression interne de l'enfant insuffisamment informé de sa spécificité et 2/ la norme sociale. Cette opération génère, à plus ou moins long terme, un produit socialement parfaitement conformé (plat) par écrasement progressif de ses "aspérités" intellectuelles et affectives, mais ayant renoncé à lui-même. Idéal ?

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