Sommaire

Mythothèque

Table des matières

Pas plus intelligent...
  • Origine
  • Aspects :
    - logique
    - politico-social
    - médiatico-scientifique



Notes

 [1] Notamment dans l'article de Cléo Schweyer, rédactrice "scientifique" de Sciences pour tous : Les enfants précoces ont-ils un cerveau différent ? 2014. (Site de l'Université Claude Bernard de Lyon). Lien

[2] Pourcentage selon la table de G. Delansheere, in Diction- naire de l'évaluation, PUF, Paris.
(1979).








[3] Aristote, in La Politique, Liv. III, Chap. VIII, § 3





[4] Escamotage : Faire dispa- raître quelque chose par un tour de main, sans que le spectateur ne s’en aperçoive.



[5] Titraille : en typographie, ensemble des éléments  composant un titre ( graisse, corps, police, style : romain, italique...) et les chapeaux (textes courts, résumant le contenu d'une partie et la coiffant, placé en encart et en gras, pour attirer l'attention du lecteur).





11. Informer  •  Mythothèque

11.2.e.  Pas plus intelligents ... seulement  différents ?


On voit fleurir à maints endroits, surtout sur le Net, cette affirmation péremptoire :

« Les HP ne sont pas plus intelligents, ils sont seulement différents. »


 Origine du mythe

Propagée par Olivier Revol  : « Les HP ne sont pas forcément plus intelligents, mais ils ont une forme d’intelligence différente. » [1], reprise à l'encan sur les plateaux de télévision par J. Saud-Fachin et bien d'autres, cette théorie est pour le moins fort curieuse ! Voyons donc.


 Aspect logique

Qu'est-ce qui différencie un enfant pour qu'il puisse être défini comme « HP » ?
          (La dénomination importe peu ici, HP, HQI, surdoué.... cela concerne la même population.)

1/ Selon les auteurs scientifiques et par référence aux tests de Wechsler (les plus utilisés en Europe), il s'agit d'un sujet ayant obtenu un QIT supérieur ou égal 130 (soit 2,27 % de la population et deux écarts-type à la moyenne), ou 125 (Terrassier : 4,78% de la population) ou 132 (selon Mensa : 1,64%), 50% de la population française se situant à QIT 100.[2]. Laissons de côté le seuil tout illusoire de sélection, il sera traité plus amplement dans une autre chapitre : Lien.

2/ Les tests de Wechsler ont pour finalité de mesurer, sinon l'intelligence avec un "I" (ce que personne ne prétend), du moins certaines formes d'expression de l'intelligence se répartissant sur différents registres : intelligence verbale, instrumentale, visuo-spatiale, capacités de mémorisation, attention, concentration... Tests dont la validité  est reconnue internationalement.

3/ En bonne logique mathématique : 130 est supérieur à 100, ce qui semble admis également sur toute la planète.

4/ Si le QIT mesure une forme d'intelligence et que 130 est supérieur à 100, c'est bien que les sujets HP ayant un tel QIT   sont donc, en bonne logique plus intelligents que la moyenne de la population mesurée sur le même test. Non ?

5/ Se servir de ces mêmes tests et critères (QIT >130) pour définir un groupe HP dans une étude est scientifiquement classique, mais en déduire que ces sujets ne sont pas plus intelligents est d'une logique scientifiquement fort curieuse.
Comme disait Desproges : étonnant non ?

6/ Dire qu'ils fonctionnent différemment est vrai, mais cela tient justement à ce qu'ils sont plus intelligents que la moyenne  et que ce fait résulte d'une différence de constitution cérébrale, en termes de nombre de connections neuronales et de rapidité de trans- mission de l'influx nerveux. Voir : Spécificités.

Les HP sont donc de fonctionnement différent parce qu'ils sont plus intelligents.


 Aspect politico-sociétal

Il est de bon ton pour être dans le politiquement correct de proférer hautement que « tout le monde il est pareil », cette idéologie se nomme égalitarisme. Elle n'est pas récente, Aristote en traitait déjà dans la parabole de Trasybule [3] :

« On dit que Périandre ne fit aucune réponse au héraut que Thrasybule lui avait envoyé pour lui demander conseil et qu’il se contenta de niveler un champ de blé en coupant les épis qui s'élevaient au-dessus des autres. Le héraut ne comprit rien à cette action; mais il raconta le fait à Thrasybule, celui-ci comprit fort bien qu’il devait enlever tous les citoyens qui avaient quelque prééminence. »

Nier la différence, quand on en fait son gagne-pain médiatique est impossible, aussi pour rester dans la bien-pensance est-il préférable de nier non la différence, mais ce qui fait cette différence, donc le « plus ». Cette argutie politico-médiatique est cependant bien étrange dans la bouche d'un scientifique ou qui se définit comme tel. Mais, s'agissant de "Magic Revol", puisqu'il se laisse ainsi nommer, cet escamotage [4] conceptuel ne relève-t-il pas du jeu du bonneteau ?


 Aspect médiatico-scientifique
 
Le but du journalisme scientifique n'est-il pas de rendre compte des avancées de la science et de les rendre intelligibles au plus grand nombre, ainsi que le prétend d'ailleurs l'intitulé du site en question : « La science pour tous » ? S'il est nécessaire d'attirer l'attention du lecteur et de la maintenir tout au long de l'article, notamment par la titraille [5] pour assurer l'accroche, il serait néanmoins judicieux que ces effets de manche soient en correspondance étroite avec la réalité traitée. Ainsi titrer : « Le haut potentiel est un trouble de l’apprentissage » est  une contre-vérité qui prend l'arbre pour la forêt. Si certains surdoués, peu nombreux, manifestent  de réels troubles des apprentissages, il est totalement abusif de généraliser à l'ensemble, de même que de confondre pathologie avec difficultés transitoires liées à une pédagogie inadaptée.
          Présenter des hypothèses de travail non-confirmées comme résultats définitifs dans le titrage, bien qu'on lise à la suite : « Cette manière particulière d’utiliser son cerveau devrait être confirmée par l’imagerie cérébrale. » ou  « Les résultats n’ont pas encore été totalement analysés, et tous les enfants ne sont pas encore passés dans l’IRM” » est pour le moins là aussi abusif et non-scientifique. D'autant que le panel est recruté uniquement en milieu psychiatrique !
         Qu'il soit besoin de valoriser les travaux de collègues du même sérail ne doit pas empêcher de raison garder et notamment de conserver un minimum d'esprit critique et éthique sur sa prose.


On trouve également dans cet article tous les poncifs de la bien-pensance : "pensée en arborescence", "complexes et laminaires",  etc. Il est quand même navrant de voir tenir de tels propos et énoncer de tels concepts qui ne sont corroborés par aucun scientifique sérieux, bien au contraire.