Sommaire

Mythothèque

Table des matières

Absence de pensée séquent...
   • Origine du mythe
   • Analyse logique


Notes








































[1] Mythographes : produc- teurs de mythes et autres légendes urbaines, de conte- nus simplistes et non-scien- tifiques, mais proférés docto- ralement.



11. Informer  •  Mythothèque

 11.2.f.  Absence de pensée séquentielle ?


« L’enfant HP ne possède pas naturellement la faculté d’organiser ses pensées de façon séquentielle. »
ASEP, Association Suisse pour les Enfants Précoces (1998-2015). Lien.


  L'origine du mythe

Avatar des légendes urbaines que l'association cite abondamment. Nous avons dans le texte, dont est issue cette pensée pour le moins étonnante, un florilège fort intéressant des mythes concernant les personnes surdouées.


  Analyse logique

Cette affirmation péremptoire est précédée d'une phrase à laquelle elle sert de conclusion « logique » :

« De la même manière pour la rédaction d’un texte racontant ses vacances, alors que l’enfant classique racontera une anecdote comportant un début, un milieu et une fin ; l’enfant HP se perdra dans ses pensées et ses souvenirs, chaque réflexion en amenant une autre, et au bout d’une heure, bien loin de son sujet et devant sa feuille restée blanche il écrira n’importe quoi et se retrouvera « hors-sujet ».

Commençons par définir séquentiel, objet central du thème :
« Qui appartient, se rapporte à une séquence, à une suite ordonnée d'opérations. » (Larousse.fr)

Or, dans  : « L’enfant HP se perdra dans ses pensées et ses souvenirs, chaque réflexion en amenant une autre […] » nous sommes bien en face d'une succession de souvenirs, organisés dans une séquence (pensée globale), dans un ordre logique (ordonné) qui appartient à l'enfant X, même si l'ensemble lui est spécifique. Nous somme donc bien dans une pensée séquentielle.

S'il se perd dans ses pensées ce n'est pas en raison d'une absence de capacité d'organisation séquentielle, mais au choix :
1/ par manque d'inhibition de latence qui ne lui permet pas de repérer le ou les éléments essentiels au but poursuivi ;
2/ par manque d'intérêt pour le sujet imposé, il préfère s'évader dans la rêverie ;
3/ parce qu' il n'aime pas évoquer sa vie personnelle, soit par pudeur, soit par peur des moqueries suscitées par ses centres d'intérêt hors-normes ;
4/ parce que la charge émotionnelle est par trop distractive.

Un enfant ne possédant pas la faculté d'organisation séquentielle ne réussirait pas à obtenir les scores qui définissent les enfants surdoués ou HP. Il serait même incapable de parler : ce qui implique une organisation séquentielle : un mot après l'autre ou d'apprendre à marcher : un pas après l'autre.
 
« Dans son livre l’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir, Jeanne Siaud-Facchin explique que des études sur le cerveau ont démontré que les HP utilisent davantage leur hémisphère droit, celui qui traite les informations de manière globale, simultanée et gère les émotions, que leur hémisphère gauche qui analyse et décompose l’information de manière séquentielle. De plus, leur cerveau, semble-t-il reçoit une plus grande quantité d’information au même moment et l’échange entre les deux hémisphères se fait de manière plus rapide. »

Quelles sont donc ces improbables études scientifiques relatant un tel fonctionnement exclusif  allors que les études scientifiques prouvent le contraire [lien] ? L'utilisation de la pensée analogique n'est pas propre aux surdoués, elle universelle. Ce mode est préférentiel pour tous dans la vie courante, parce qu'il est rapide et suffisant pour les situations connues. Par contre, dans la résolution de problèmes, et les surdoués n'y sont pas rétifs - voir leur appétence particulière pour les jeux de stratégies -  ils sont tous tout-à-fait capables non seulement de passer au mode analytique, mais même d'y démontrer des capacités là aussi hors-normes. Voir : cerveau droit vs gauche.
        En termes de pensée, ils ne ne reçoivent pas en même temps une grande quantité d'information, contrairement au mythe de la pensée simultanée ; ils traitent successivement une grande quantité d'informations de façon très rapide dans la pensée analogique, ou plus lente dans la pensée analytique. Le mode de pensée alterne selon la situation de l'analogique à l'analytique, selon qu'il s'agit de donner une réponse rapide même approximative ou, au contraire, précise et documentée.
Voir : pensée analytique et analogique.
Enfin, si les deux hémisphères sont connectés en permanence et que « l’échange entre les deux hémisphères se fait de manière plus rapide », c'est bien qu'il n'y a pas d'exclusive d'utilisation de l'un ou de l'autre.

Utiliser la pensée analytique, plus lente, demande un effort soutenu, encore faut-il que le jeu en vaille la chandelle. Ce qui prime chez l'enfant : c'est le plaisir, celui de faire, de se réaliser, de se dépasser, mais il lui faut en retirer un bénéfice pas trop lointain, sinon c'est l'évasion (rêverie), le refus plus ou moins larvé (procrastination) ou encore la page blanche. Ce qui n'a rien à voir avec une déficience de la pensée séquentielle, mais tout à voir avec le manque de plaisir.



Il est improbable que de telles orientations puissent aider l'enfant surdoué à grandir et à réussir. Navrant de lire de tels discours pseudo-analogiques ("ça ressemble à ça, donc c'est ça" : paradis des illusionnistes, magiciens et autres mythographes [1]), qui oublient un peu vite que dans "analogique" : il y a d'abord "logique", au moins celle du discours.

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