Sommaire

Mythothèque

Table des matières

1/3 de surdoués heureux ?
  • Détection pour malaise ?
  • Des chiffres invérifiables
  • Des chiffres vérifiés : 
      - quant à la scolarité
      - quant au psychoaffectif
  • Des affirmations infondées


Notes

[1] Happy Haut potentiel,
centre privé, pluridisciplinaire, spécialisé dans l’évaluation et l’accompagnement des enfants, adolescents et adultes HP. (France/ Nord)
Lien
































[2] TNS/SOFRES.
Étude enfants surdoués

- 68EI57 - Mai 2004-





































[3] Pensée-flash : nous nom- mons pensée-flash, une pro- duction cognitive, non-cons- ciente liant par analogie des éléments auto-didactiques ou didactiques, de façon automa- tique et à émergence fulgu- rante. Non mémorisée, cette pensée doit être exposée dans l'instant sous peine de sentiment de perte.









11. Informer  •  Mythothèque

11.2.h  Surdoués : seulement 1/3 d'heureux ?


La dramatisation des faits est un mode très usité dans le monde journalistique ou commercial, à grand renfort de titraille  majorée et de raccourcis simplistes afin d'accrocher le lecteur ou le client. Le malheur fait vendre. Le domaine du surdouement n'échappe pas à la règle. On peut comprendre la nécessité pour développer une activité, fut-elle psychologique, de la promouvoir, mais  il y a quand même, nous semble-t-il des limites  à ne pas dépasser, comme dans les textes cités di-après.


 Détection pour  malaise  ?

« Contrairement à l'idée reçue, seul un tiers des personnes à HP vont bien et ne nécessitent pas d’être identifiées. »[1]

Que peut-on déduire d'une telle assertion ?

1. La détection du surdouement n'est pas automatiquement liée à un mal-être personnel ou social
, elle a très souvent pour origine la nécessité de comprendre son propre fonctionnement intellectuel et psycho-social, notamment chez les adultes. C'est aussi, après détection des enfants, le besoin parental de faire le lien intergénérationnel de causalité : « Mais, moi aussi j'étais comme ça enfant ! ». Ce peut être encore, lors d'un changement d'orientation professionnel  le désir  de repartir sur des bases plus  rationnelles en fonction de ses aptitudes.
On peut donc à la fois bénéficier d'une vie épanouie et avoir nécessité de se comprendre.
        Par ailleurs, le fait d'aller bien à un instant "t" n'augure en rien de la suite heureuse du parcours, aussi est-il préférable de con- naître, dès que le comportement laisse supposer des capacités hors-normes, la réalité de l'efficience intellectuelle de l'enfant.
La précocité de la détection permet d'anticiper les problèmes et d'éviter d'attendre la souffrance pour agir.

2. On peut donc en déduire que les deux  tiers vont mal.
Mais, sur quelles données chiffrées se base-t-on pour établir un tel quota ?


 Des chiffres invérifiables

 « Deux tiers d'entre elles vivent d'importantes difficultés scolaires et/ou psychoaffectives, et les conséquences pour leur développement personnel et leur avenir socioprofessionnel sont non négligeables. »

Donner des chiffres est important pour crédibiliser une affirmation, encore faut-il en indiquer la source : quelles études, sur quelle population, selon quelles méthodes ? Toute étude scientifique procède ainsi afin de vérifier une hypothèse. Énoncer une telle proportion (deux-tiers) sans l'assoir sur des données vérifiables relève de techniques de marketing (affoler pour inciter à adhérer) bien connues des ménagères de moins de 50 ans, mais s'éloigne fortement d'une approche psychologique sérieuse.


 Des chiffres vérifiés quant à la scolarité

Nous utilisons depuis 20 ans l'Inventaire Chrestique issu des théories de Robert Pagès et opérationnalisé par Jean Brunault. Cet inventaire auto- doxe (rempli par le sujet), sur une échelle en 10 points, mesure à partir de 5 indicateurs : plaisir, attention, persévérance, facilité à l'effort, sentiment de réussite, le sentiment de l'enfant par rapport à l'utilisation (chrestie) de ses capacités dans son parcours scolaire. Les études menées par Jean Brunault (n=20) et Acsis (n=45) sont concordantes. Il s'agit pour les deux études d'enfants surdoués, seuil à QIT 130 pour la première et seuil à QIT125 pour la seconde, collectés aléatoirement parmi la population reçue. La différence de seuil explique les très légères différences de score, différences non significatives.

Gloablement, la situation scolaire n'est ressentie, sur aucun des indicateurs comme particulièrement problématique.





Mais, si l'on affine les données par tranche de score, il ressort que con- trairement à ce que Happy HP annonce, ce ne sont que 25 % et non 66,66 % des enfants qui sont en difficulté scolaire et seulement 9 % peuvent être considérés comme en échec . La différence est de taille !
       L'étude TNS/SOFRES [2] signalait 40% en échec scolaire dont 8% sortis du système, mais sans indication de la gravité des difficultés. Nous sommes encore loin des 66,66 %.
      Même si l'on prend, non plus la moyenne chrestique, mais le sen- timent de réussite avec  <= 4/10 comme indicateur des difficultés, ce ne sont toujours que que 8,89 % des enfants qui sont en situation difficile et donc 75,56 % des enfants qui s'estiment en réussite.

Il faudrait saussi 'entendre sur la notion d'échec scolaire : mauvaises notes, redoublement, exclusion,  sortie du système  ?



Fig.1


Fig.2
 Des chiffres vérifiés quant au domaine psycho-affectif

Nous utilisons depuis 20 ans, le SEI de Coopersmith qui permet de mesurer l'estime de soi des enfants, comme des adultes. Notre étude SEIn100 sur 100 sujets surdoués (QIT>=125), corrélée avec d'autres études ne nous indique pas 66,66 % d'enfants en grosses difficultés psychosociales ou psychoaffectives, mais seulement 53 % en dessous du seuil moyen, mais ils ne sont plus que 31 % inférieurs  à 2 écarts-type sous la moyenne, donc vraiment en difficulté.
          Sur le même inventaire, si l'on observe l'estime scolaire, indicateur significatif de leur rapport à leur cursus, si 100% ont une estime scolaire sous la norme,  ils ne sont plus que 21% à 2 écarts-type sous la moyenne, donc en grande difficulté. Car on ne peut pas considérer une désaffection pour un système qui leur est inadapté comme un échec scolaire, il y a un monde entre les deux notions.

Lancer à l'encan des chiffres invérifiables est une chose, s'appuyer sur des études en est une autre.


Fig. 3

 Des chiffres invérifiables aux affirmations péremptoires et infondées

 « Pensée en "arborescence" : une idée entraine en une multitude d'autres idées avec un point commun entre elles, ce qui crée une pensée riche mais au-delà de la concentration. »

Voir ce nous pensons du mythe de la pensée en arborescence : lien. Par contre, le concept de "pensée riche au-delà de la concentration" reste particulièrement obscur. S'il s'agit d'une pensée qui n'est pas le fruit d'une longue concentration, d'un travail laborieux, mais issue d'un traitement cérébral infra-conscient et à émergence fulgurante : la pensée-flash [3], elle n'a rien à voir avec la concentration qui implique la conscience.

« Pensée intuitive : l’élève donne un résultat sans pouvoir l’expliquer, sans stratégie d’apprentissage. »

C'est le propre de la pensée-flash que de ne pas résulter d'un travail laborieux issus e données prgrammées et mémorisées. Quant à la difficulté d'expliquer le cheminement elle relève de deux facteurs : 1/ l'inutilité pour eux d'expliquer ce qui leur apparaît comme tellement évident, 2/ ils sont persuadés à tort de l'impossibilité de rétro-action sur l'enchainement automatique du processus infra-conscient par association d'idées (pensée-flash), alors qu'elle est tout-à-fait possible si on leur en montre l'intérêt.

« Ignorance de la notion d’effort : réussite immédiate ou échec. »

La notion d'effort ne leur est pas étrangère (voir Fig. 1 : persévérance), mais elle est très liée chez eux aux notions de plaisir, d'intérêt, d'utilité. L'effort pour lui-même ne fonctionne pas chez  eux, comme chez tout le monde, sauf coercition. Aussi les actions répétitives les insupportent, même sur le Wechsler. Pourquoi répéter 10 fois un exercice que l'on a compris du premier coup ?

Autre particularité de leur fonctionnement quant à l'effort, c'est la pensée que s'ils ne trouvent pas immédiatement la réponse c'est qu'ils ont atteint leur limite et donc qu'il est vain de poursuivre ou que cela ne les mènera qu'à l'échec. Cette auto-limitation est fréquente lors des tests d'efficience intellectuelle, mais stimulés et rassurés, ils parviennent à dépasser ce blocage et obtiennent alors des scores bien supérieurs, parfois considérables (+ de 40 points de QIT).
 •

Revendiquer une "spécialisation HP" implique, a minima, une meilleure connaissance de cette population.

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