Sommaire

Mythothèque

Table des matières

Origine du mythe
Résumé de la thèse
Méconnaissance historique
Une méthodologie biaisée   
Un raisonnement  logique ?
La guerre interdisciplines



Notes

[1] Thèse relayée par M.C. Gryson, clini­cienne éminente spécialiste du bilan psychométrique : « Vous m' avez mal lu, j' effectue depuis 20 ans une centaine de bilans par mois ... » . Bigre ! 100 bilans/mois = 25 bilans /semaine= 25/6j = 4,16 bilans /jour = 4,16x3,5h (moyenne pour un travail sérieux) = 15,61h/jour de travail ! C'est bien peu crédible !. Non moins éminente spécialiste qui con- fond les échelles de Wechsler et de Catell, ne répond aux critiques que par des pirou- ettes et le dénigrement de ses in­terlocuteurs, notamment devant les critiques très fondées d'Alexandraz [lien], bref récuse toute autre thèse que la sienne. Dommage que l'idéologie dénie le réel et dévoie les compétences.











































































[2] D'après l'étude enfants surdoués.- 68EI57 - Mai 2004 -  TNS/SOFRES.



[3] La collection des 3 tests de Wechsler  se situe autour de 4600 € , renouvelable tous les 10 ans, sans compter les test complémentaires.




























[4] La déclaration de Sala- manque (UNESCO, 1994) et la Recommandation 1248 du Conseil de l'Europe (1994).







11. Informer  • Mythothèque

11.2.i  La "petite noblesse" des enfants surdoués



 Origine du mythe

Thèse défendue par le sociologue Wilfried Lignier dans : « La petite noblesse de l'intelligence ; Une sociologie des enfants surdoués.» (Éd ; la découverte. 2012) et reprise par la psychologue M-C. Gry­son in « Le psychologue face à "la petite noblesse des enfants dits précoces ». (Mediapart, 2012).


 Résumé de la thèse

« À partir d'une enquête menée notamment auprès de parents, de psychologues et de militants associatifs, ce livre relie l'affirmation de cette petite noblesse de l'intelli­gence que constituent les enfants surdoués à un double contexte : le développe­ment de pratiques psy­chologiques privées et l'augmentation de la concurrence au sein de l'école massifiée. De fa­çon exemplaire, le cas des surdoués montre com­ment la psychologie clinique peut fonction­ner comme une source légitime de sin­gularisation des enfants dans les sec­teurs les plus in­différenciés de l'école (de la maternelle au début du collège). Cette singulari­sation a certes une fonction de ré­assurance pour des familles qui, bien que plutôt avanta­gées socia­lement, sont su­jettes à de vives incertitudes éducatives. Mais on ne saurait igno­rer les consé­quences concrètes qu'a aussi l'anoblissement psychologique : l'institution sco­laire se voit pressée d'accorder aux intelligences qui la dépassent les petits privilèges qui leurs sont dus. »
Présentation de l'ouvrage par l'éditeur, La Découverte : Lien»[1
Les soulignés sont de notre fait.]

L'étude sociologique du surdouement est une bonne chose, sous conditions qu'elle soit réellement scientifique, c'est-à-dire qu'elle s'attache à l'analyse objective des faits, ce qui implique a minima, une absence de préjugé sur le phénomène étudié, une méthodologie rigoureuse, enfin la comparaison critique avec d'autres études parues sur le sujet.
        Car, le surdouement s'il est un fait objectif individuel ne peut non plus s'abstraire d'une composante sociale qu'il importe de prendre en compte tant pour les répercutions du milieu sur son expression que pour son impact sur le milieu. Ainsi que le dit Robert Pagès, il s'agit d'un phénomène bio-psycho-social qui doit être étudié sous tous ses aspects et dimensions. Or cette thèse ne prend en compte qu'une seule dimension celle de son impact sur le milieu, ce qui s'avère trop réducteur.
        La terminologie employée pour décrire le phénomène est déjà en soi très significative : la petite noblesse de l'intelligence,  pour en mieux rabaisser l'importance, ce qui n'est pas sans rappeler  :
« Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Les aristocrates on les pendra... »

Chant de la Révolution Française.

Donc d'entrée de jeu, la chose est jugée. Curieuse approche "scientifique" du phénomène.


 Une méconnaissance historique

« Depuis 30 ans s'est affirmée en France une figure noble de l'enfance, celle de l'enfant dit d'abord « surdoué », puis, plus récemment, « intellectuellement précoce ». Ce personnage psychologique nouveau ­ né toutefois dès la fin de la Première Guerre Mondiale aux États-Unis (Margolin, 1995) ­ est défini par l'instrument psychométrique : le surdoué des années 1980 et l'enfant précoce des années 1990 et 2000, ont en commun d'être des enfants ayant obtenu des scores notablement supérieurs à la normale à des tests standardisés de quotient intellectuel (usuellement, un QI supérieur à 130 points). »

L'enfant surdoué n'est pas né "dès la fin de la Première Guerre Mondiale", le test proposé par Alfred Binet et Théodore Simon remonte à 1905 et nommait ce type d'enfants « surnormaux ». Les Wechsler sont issus du Wechsler-Bellevue Intelligence Scale (WBIS, 1938) et le WISC en 1949, donc bien avant les années 1980. Le livre de J-C Terrassier (L'enfant surdoué ou la précocité embarrassante, 1981) est bien antérieur aux années 1990/2000. Le terme « surdoué » est employé, pour la première fois en 1946 à Genève, par le Dr Julian de Ajuriaguerra qui le définit  ainsi : « On appelle enfant surdoué celui qui possède des aptitudes supérieures qui dépassent nettement la moyenne des capacités des enfants de son âge. », donc bien postérieur à la Première Guerre Mondiale. La première vertu scientifique n'est-elle pas la précision, y compris chronologique ?


 Une méthodologie biaisée

Le recrutement se fait à partir d'une seule association typée par lui comme « plus axée sur les problèmes scolaires. », ce qui crée un double biais méthodologique: 1/ une seule source, 2/ une orientation scolaire marquée. Ce qui impacte bien évidemment les résultats, notamment en termes de composition sociale (CSP) et d'orientation de l'investissement familial. Un troisième biais apparaît dans les catégorisations parentales. Les CSP (Catégories Socio-Professionnelles) sont bien définies notamment par l'INSEE, et si l'auteur en respecte d'abord la nomenclature, il finit par additionner la carpe et le lapin pour ne plus avoir que deux catégories : supérieure (72%) et inférieure (28%). Le syndrome binaire a encore frappé.


 Un raisonnement  logique ?

Il s'agit, par cette thèse, de démontrer
que les enfants surdoués sont plus présents dans les professions parentales supérieures que dans les milieux ouvriers et employés, ce qui est tout-à-fait vrai. S'il n'en cache pas les causes : milieu culturel mieux à même d'appréhender le sujet, meilleure situation financière face au coût du test, il en reste aux causes apparentes et omet de parler de la cause principale : la génétique. Un vieil adage français ne dit--il pas : "les chiens ne font pas des chats" ?
        Un enfant blond/brun a statistiquement plus de chance de naître de parents blonds/bruns, bien que ce ne soit pas d'une détermination absolue à cause des croisements génétiques antérieurs. Un parent plus intelligent que la moyenne a donc plus de chance également d'accéder à une situation professionnelle supérieure, comme d'engendrer des enfants qui lui ressemble sur ce point. Mais, là encore aucune exclusive, car, de nombreuses personnes surdouées n'arrivent pas, du fait des avanies subies (normalisation outrancière produisant une inhibition de leurs aptitudes), à de telles professions. Enfin, il nait aussi des enfants surdoués dans les familles moins favorisées et les hussards noirs de la République, sous Jules Ferry, se faisaient d'ailleurs un point d'honneur de repérer dans leur classe du fond de la campagne les enfants méritant d'accéder à de plus hautes fonctions que celles de leurs parents du fait de leurs capacités intrinsèques.

« En renouant avec la critique sociale des tests de QI telle qu'elle s'est exprimée dans les années 1970, il peut sembler opportun à ce titre d'insister sur le fait que les évaluations psychométriques ont un effet propre de sélection sociale. Comme l'a montré Michel Tort, il existe en effet une corrélation entre milieu social d'origine et résultats aux épreuves psychométriques, et ce pour la bonne raison que ces épreuves exigent des dispositions culturelles inégalement distribuées, en particulier un rapport plus logique que pratique au monde social (Tort, 1974). […] « Envisager devant un professionnel l'excellence intellectuelle de son enfant n'est possible que pour ceux qui ont atteint un certain niveau de confiance culturelle ; s'informer sur la notion même de précocité est plus facile dans les familles où les consommations culturelles sont intenses ; ou encore, décrire, face à un expert, les spécificités de son esprit, exige ­ à l'instar de la description des symptômes corporels qui dépend du type de culture somatique (Boltanski, 1971) ­ une certaine maîtrise du langage psychique, qui va de pair avec le niveau culturel. »

        Il n'y a donc pas de déterminisme absolu, puisque selon son étude, 14,4% d'enfants issus de pères sans diplômes et que 7% des enfants des classes populaires sont déclarés surdoués et que 28%  des classes moyennes  le sont également.
    Réunir une cohorte de 514 familles pour découvrir que la société est inégalitaire, soit selon lui 72% de classes supérieures et donc 28% de classes inférieures, c'est découvrir l'eau froide.
       Penser que les classes - inférieures selon lui - n'aurait pas atteint un niveau de "confiance culturelle"qui les empêcherait de décrire, face au psychologue, les spécificités de leur enfant, c'est vraiment prendre ces parents pour des demeurés. N'auraient-ils donc pas l'entendement suffisant pour percevoir et décrire les difficultés de leur enfant ?Ces mêmes familles  se retrouvent très vraisemblablement dans les QI 90-110 qui constituent 63% de la population, donc loin d'être demeurés et incapables de décrire les spécificités de leur enfant. Notre expérience nous montre qu'ils en sont fort capables et même très souvent fort bien documentés (Internet).

 […] « Par ailleurs, au-delà du type de questions posées dans les épreuves ­ que la psychométrie actuelle cherche à rendre le plus culture fair (« culturellement équitable ») possible ­ la passation d'un test exige en elle-même une concentration, un effort individuel et plus généralement un intérêt culturel pour lesquels les enfants sont loin d'être tous égaux : sur ce point, des travaux ethnométhodologiques menés dans les années 1970 autour d'Aaron Cicourel, mobilisant notamment la vidéo, ont montré comment, par exemple, les enfants de milieux populaires peuvent refuser de prendre les tests au sérieux (moqueries à l'égard du testeur, réponses fantaisistes, etc.), ce qui a évidemment des effets sur le score obtenu (Roth, 1974). »

Comment se fait-il alors que 28%, de ceux qui n'ont pas ces dispositions favorables
et  en dépit de ces épreuves "inégalitaires",  réussissent quand même aux tests ?


Il serait aussi nécessaire pour obtenir l'adhésion au test d'en expliquer à l'enfant, surdoué ou non,  les tenants et les abourtissants du test comme des études menées. Dans ce cas, je n'ai jamais entendu parler de moqueries...


  La guéguerre interdisciplinaire

Que tend à vouloir démontrer cette thèse : la suprématie de l'étude sociologique sur la psychologique ? Pour cela, plutôt que d'arguments scientifiques on nous abreuve d'arguties idéologiques servant à discréditer l'adversaire.
       Ainsi : « le développe­ment de pratiques psy­chologiques privées » laisse entendre que le psychologue libéral, par opposition au psychologue scolaire ou public (CMP ou PMI), paré de toutes les vertus, se serait dévoyé à chevaucher cette vague d'inquiétudes parentales pour des  raisons de rentabilité de cabinet. Pour injurieuse qu'elle soit quant à la probité des professionnels libéraux, la chose n'est pas nouvelle par exemple  en guise de réponse pédagogique  l'annonce du surdouement de l'enfant : « Mais voyons, Madame, votre enfant a un QI à la hauteur du chèque laissé en règlement de la prestation ! Sinon, il serait le premier de la classe ».
        Que cette psychologie clinique soit privée (libérale) ou publique (psychologues scolaires), les outils et les formations sont identiques. Ce n'est pas de gaité de cœur que les parents concernés s'adressent aux psychologues libéraux (77%) ou associatifs (10%) quand ils ne sont que 10% à avoir bénéficié d'un psychologue de la sphère publique : scolaire (5%) ou de CMP ou PMI (5%) [2], ces derniers en raison de leur surcharge de travail (trop peu nombreux), de leur non-formation aux tests ou de leur orientation égalitariste, comme le reconnaît d'ailleurs l'auteur. Le coût est certes important pour les familles modestes, mais les psychologues avec lesquels nous travaillons ou sommes en relation savent parfaitement ajuster leurs tarifs en fonction des revenus des parents ou offrir des facilités de paiement.
       Le coût est certes important pour les familles modestes (entre 250 et 350 €), mais la dépense est justifiée, un test bien mené demande un investissement tout aussi important du psychologue tant en termes de matériel [3] que de temps. Si le test est donné pour une passation en 1H30, avec certaines catégories de personnes, dont les surdoués, il n'est pas rare que l'examen dure 2H ou plus en raison des inhibitions, des angoisses de performance, de la fatigabilité du sujet. Par ailleurs, il est indispensable d'établir une anamnèse la plus complète possible avant la passation au cours d'un entretien qui peut durer de 30 mn à 45 mn ou plus. Puis après le test de restituer au cours d'un second entretien (entre 45 mn et 60 mn ou plus) les résultats obtenus et surtout leur interprétation et d'établir les préconisations souhaitables, notamment éducatives et scolaires. Enfin, suit la rédaction d'un compte-rendu circonstancié résumant la totalité de la prestation (30 à 45 mn ou plus). Soit 4 H (moyenne) de travail et souvent plus. Que certains cabinets (rares) abusent est inhérent aux activités humaine, mais la prestation low-cost n'est pas non plus un gage de qualité.

« De fa­çon exemplaire, le cas des surdoués montre com­ment la psychologie clinique peut fonction­ner comme une source légitime de sin­gularisation des enfants dans les sec­teurs les plus in­différenciés de l'école (de la maternelle au début du collège).

S'étonner/s'indigner de la "singularisation" de la prestation psychologique est étonnant de la part d'un scientifique, quand l'objet même de la psychologie est l'étude même de la singularité individuelle, a contrario de la sociologie qui étudie l'impact des données sociales sur les représentations. Or, il se trouve que la meilleure approche du surdouement ne se trouve pas dans l'exclu- sive d'une de deux sciences, mais dans une approche psycho-sociale. Notamment quant aux répercutions de la massification et de l'indifférenciation des pédagogies scolaires (voir Pagès, Pourtois, Brunault...).

« La pédagogie doit avoir comme préliminaire une étude de psychologie individuelle. »
 (A. Binet, in Les idées modernes sur les enfants, 1911)

Binet avait bien démontré la nécessite d'une approche pédagogique nécessairement différenciée, en symétrie par rapport à la moyenne, aussi bien pour les enfants déficients que sur-efficients.

Si l'auteur, dans l'annexe 1 de son livre : « Cinq ans de littérature Savante "2003:2007" » cite : Grégoire, Lautrey, Vaivre-Douret, Pereira-Fradin etc., chercheurs reconnus internationalement pour la qualité scientifique de leurs travaux, ce que n'est pas l'auteur, nous doutons fort qu'il les ait lus avec attention. Le titre de l'annexe, à connotation volontairement vieillotte, laisse entendre qu'il s'agirait là de littérature rétrograde, face à la lecture sociologique prétendue innovante du sujet par l'auteur.

Enfin : « Mais on ne saurait igno­rer les consé­quences concrètes qu'a aussi l'anoblissement psychologique : l'institution sco­laire se voit pressée d'accorder aux intelligences qui la dépassent les petits privilèges qui leurs sont dus. » laisse entendre que les aménagements proposés par les instances internationales [4], puis les différents textes du ministère (2002-2015) résulteraient de la pression de lobbies parentaux en mal de reconnaissance, est une insulte à l'intelligence de ces institutions, pourtant peu connues pour leur avant-gardisme.

S'agit-il de privilèges que d'adapter la pédagogie aux besoins et spécificités des enfants ? Qu'ils soient déficients ou sur-efficients, le trop comme le trop peu est aussi préjudiciable au bon développement de chaque enfant.
        Faudrait-il ne s'occuper que de "la masse" et laisser pour compte ceux qui n'en font et n'en feront jamais partie, au risque d'avoir à en traiter les effets dévastateurs par des actions socialement couteuses et devoir remplacer la souplesse d'adaptation du milieu par la camisole chimique individuelle ? Est-ce la République des clones que souhaite l'auteur ?


La sociologie aurait bien mieux à dire sur l'impact des préjugés sociaux et des idéologies égalitaristes et ostracisantes quant aux surdoués. L'auteur s'est trompé de combat. Dommage !

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