Sommaire

Table des matières

3. Approche neurologique
3.1. Constitution normale
3.2. Surdoués : spécificités
 3.2.1. Myélinisation
 3.2.2. Connectivité
 3.2.3. Fonctionnement
 3.2.4. Plasticité
 3.2.5. Hyperesthésie

3.3. Balance et impacts
 



Notes

1]  Institut de Recherche en Santé du Canada : Le cerveau à tous les niveaux.

[2] Habib (Michel), neurologue, professeur à l'Université d'Aix.
In Neurologie de la précocité intellectuelle. Lien

[3] Grubar (Jean Claude), professeur de Psychologie expérimentale à l'IUT Éduca-  tion spécialisée de l'Université Charles de Gaule Lille III. Auteur d’une étude sur le sommeil paradoxal. In Vitesse de maturation et néoténie. Éd. Créaxion. 1998.

[4] Néoténie : persistance chez un sujet mature de carac- téristiques du sujet jeune. L'homme serait, selon cette théo­rie, un primate prématuré, ce qui expliquerait un temps d'apprentissage plus long que pour les autres mammifères et primates. Le même processus interviendrait chez les espèces domestiques.

[3] Institut de Recherche en Santé du Canada : Le cerveau à tous les niveaux.

[4] Gauvrit (Alain) psychiatre, in Le complexe de l’albatros. Tours, 1995.

[5] Isabelle Jambaqué in L'état de la recherche sur les enfants dits « surdoués ». Contribution de la neuropsy- chologie développementale.

[6] in : Efficience neurocogni- tive et adaptation des EIP. Créaxion, 2006.

[7] In « Giftedness and the brain ». Lien

[8] Nous nommons pensée- flash, une production cogni- tive, non-consciente liant par analogie des éléments auto- didactiques ou didactiques, de façon automatique et à émergence fulgurante. Non mémorisée, cette pensée doit être exposée dans l'instant sous peine d'un fort sentiment de perte.

















































3. Approche neuropsychologique

3.2. Spécificités neurologiques des personnes surdouées


La différence que présentent les personnes surdoués, sur le plan cérébral,
repose sur cinq amplifications de la normale  et non sur une différence de nature.


3.2.1. Une myélinisation plus poussée

La myéline (substance blanche, par rapport aux neurones : substance grise) est une gaine lipidique qui isole électriquement les axones (mais pas les dendrites) et permet une plus grande vitesse de transmission de l'influx nerveux. La myélinisation commence entre la 18e et la 19e se­maine de gestation et se poursuivra jusqu'à l'âge de 20 ans. Elle est considérée comme étant la dernière phase de maturation cérébrale. Une fibre non-myélinisée transporte l'influx nerveux à une vitesse de 0,5ms à ± 2ms, quand une fibre myélinisée, selon son diamètre, le conduit de 12 à 120 ms soit entre 24 et 60 fois plus vite , ce qui est considérable. Elle permet aussi une grande économie d'espace, une fibre non myélinisée devrait avoir un calibre de plusieurs centimètres pour conduire l'influx à la même vitesse qu'une fibre myélinisée. [1]
        Le professeur Habib [2] note plus de substance blanche (gaine de myéline) entre les deux hémisphères du cerveau (ce qui infirme la fausse théorie cerveau droit vs gauche), notamment le lobe préfrontal (raisonnement, planification) et le lobe pariétal qui joue un rôle important dans l'intégration des informations issues des différentes modalités sensorielles (vision, toucher, audition), dans la perception de l'espace et dans l'attention (Habib, 2013). Par contre, contrairement à ce qu'il annonce, les profils hétérogènes ultra-majoritaires chez les personnes surdouées (Voir études de Lautrey, Grégoire, Liratni et Morin : Wi3n273, Wi4n50 et Wa3n40), n'impliquent pas automatiquement de dys... Si les personnes dys... ont  un profil hétérogène, tous les profils hétérogènes ne relèvent pas d'une dys..., il y a là une extra- polation abusive.
        Les recherches menées pat le professeur Grubar [3], montrent que le traitement de l'information est, chez les enfants surdoués, plus rapide (myélinisation) et qu'ils possèdent une mémoire de travail 2,5 fois plus efficace que la moyenne, en fonction du QIT.

Donc, une transmission de l'information plus rapide mais non simultanée (lien).


3.2.2. Une connectivité plus riche

« ...la substance blanche (fibres nerveuses assurant les connexions, la transmission des potentiels d’action, entre les différentes zones de cortex), qui peut être très finement quantifiée(cf méthode DTI = IRM de diffusion ) : par une étude comparative de populations toujours (HQI/QI standard), il a été constaté une organisation différente de ces axones dans les deux cohortes et notamment une plus grande connectivité entre les différentes zones du cerveau dans la population à haut QI (spécialement entre le lobe frontal et le lobe pariétal). » [2]

Le cortex préfrontal intervient dans la plupart des tâches d’intelligence abstraites. C'est dans cette partie que se développeraient le raisonnement abstrait, la planification et d'autres fonctions exécutives. Les enfants surdoués se distinguent par un cortex préfrontal qui s’épaissit entre 7 et 11 ans avant de s’amincir au début de l’adolescence. Chez les enfants standard, le cortex préfrontal est initialement épais et s’amincit durant la période 7 à 11 ans (examens réalisés grâce à l'imagerie par résonance magnétique).
        D'après les chercheurs de l'INM (Institut de recherche et d'enseignement de l’Université McGill (Montréal), pour l'étude du système nerveux et des maladies neurologiques) :

« L’épaisseur corticale peut en partie traduire le nombre de connexions complexes entre les cellules nerveuses. Bref, les cortex plus épais ont probablement plus de connexions complexes, ce qui a des conséquences sur les capacités cognitives. Un lien positif entre l'épaisseur corticale et les capacités cognitives a été observé dans plusieurs zones des lobes frontal, pariétal, temporal et occipital. Les zones ayant la relation la plus grande étaient les aires « d'association multimodale », où l'information converge de diverses zones du cerveau pour être traitée. […] « Une constatation déterminante de cette étude est qu’elle appuie un modèle distribué de l'intelligence où de multiples zones du cerveau jouent un rôle dans les différences capacités cognitives, plutôt que l'existence d'un seul centre ou d'une seule structure importante expliquant les différences en matière d’intelligence dans le cerveau », dit Dr Sherif Karama, psychiatre à l’INM et co-chercheur de l'étude. « Les études antérieures avaient révélé un lien entre les différences dans l'intelligence et la structure ou la fonction d'un cerveau individuel. C'est la première fois qu'une seule étude démontre une corrélation entre un facteur général de capacité cognitive et la plupart des aires associatives du cortex, si ce n'est toutes. »

Ces travaux montrent également que les amas de neurones dédiés à chaque tâche se distribuent sur une plus grande étendue cérébrale, les points « allumés » sont plus nombreux et plus amplement répartis, donc une meilleure répartition de la tâche.

Donc une amplitude d'exploration plus importante, mais non en arborescence (lien).


3.2.3. Un fonctionnement plus économique

Isabelle Jambaqué [5] :

« De récents travaux d'imagerie fonctionnelle cérébrale ont, par ailleurs, montré une consommation de glucose plus faible en TEP (tomographie par émission de positons) chez les sujets à haut potentiel lors de la réalisation de différentes tâches verbales et non verbales (Haier et al. 1988, Parks et al.1988). » […] « Les enfants à haut potentiel pourraient donc bien se caractériser par une plus grande efficacité de leur capacité d'inhibition qui leur permettrait de mieux focaliser leur attention sur les aspects pertinents de la tâche et d'éviter une perturbation par des distracteurs perceptifs (Houdé 2000).» [6]

C. Hoppe et J. Stojanovic [7], renforcent cette hypothèse ::

« Pris dans leur ensemble, les découvertes en neuroimagerie suggèrent que les gens surdoués sont plus efficaces dans leur domaine particulier parce qu'ils peuvent recruter plus de ressources neuronales au traitement automatique avant l'activation frontale. […] De plus, leur mémoire de travail (ou le système cérébral frontal) pourrait être plus efficace aussi (cf. Shaw et d'autres., 2006). » [7] [TdA]

Ils rejoignent en cela les travaux de Grubar [3] sur le sommeil paradoxal et la mémoire de travail. De plus, l'augmentation, chez les surdoués, de la masse des cellules gliales (cellules nourricières), par une meilleure alimentation permet une très sensible économie d'énergie. De même, la répartition multi-modale du traitement des informations.

Mais, ils notent une différence dans l’activation du cerveau en fonction de la difficulté de la tâche. Quand ils travaillent sur des tâches faciles, les sujets surdoués  montrent une activation métabolique moindre que chez les sujets non surdoués. Mais, quand ils s’attèlent à des tâches plus difficiles, l’activation est plus importante.
        Ceci peut apparaître contradictoire, mais est parfaitement logique avec leur mode de fonctionnement spécifique. Sur une tâche facile, les surdoués fonctionnent de façon analogique (pensée-flash [8]), cet automatisme est alors très rapide et très économique. Lors de tâches plus complexes, l'exploration de l'ensemble des éléments mémorisés, leur mise en lien, leur traitement analytique vu l'amplitude des champs étudiés accroit de façon importante la consommation d'énergie.


3.2.4. Une plasticité  plus forte  

J-C. Grubar, dans son étude sur le sommeil paradoxal chez les enfants surdoués, notait une fréquence plus importante de cette phase du sommeil et une durée plus courte. La fréquence s'expliquerait par lamasse d'informations à réguler et la durée plus courte par une plus grande rapidité de traitement. Il en évalue les conséquences [6] :

« La plasticité cérébrale des enfants précoces est beaucoup plus élevée, et ils sont capables de recueillir et de stocker plus d’informations que les normaux. De ce point de vue, on peut les considérer comme des immatures du cerveau car ils conservent les mêmes caractéristiques de sommeil que les en­fats très jeunes (1 an). Par contre le rapport des capacités or­organisationnelles est très élevé 0,82 à 1,44, et là, ils présentent des caractéristiques de sur-maturité :
• Nouveau-nés pour la plasticité.
• Adultes pour l’organisation des informations.
Ils sont donc doublement avantagés. Ces résultats ont bien été confirmés par d’autres investigations. »

Un des principes fondamentaux du fonctionnement de la neuroplasticité est lié au concept d'élagage synaptique : les connexions entre les neurones sont constamment éliminées lorsqu'elles ne sont pas utilisées. À l'inverse, ce mécanisme renforce les connexions très utilisées. Cela a pour conséquence de renforcer les réseaux de neurones qui sont synchronisés et de les séparer des autres neurones qui appartiennent à d'autres modules corticaux. Grubar évoque, à cet égard, une possible néoténie [4] : persis­tance de la plasticité cérébrale en lien avec les fréquences occulomotrices et la durée et la fréquence du sommeil paradoxal. Ces traits caractéristiques de la petite enfance perdureraient chez eux toute la vie.

« Autre point encore, concernant la mémoire mis en évidence par mes travaux sur  le sommeil paradoxal : ces enfants précoces sont caractérisés par des aptitudes à recevoir une grande quantité d’informations et qui plus est, de les organiser avec pertinence. »

« Cette mémoire de travail se caractérise chez les enfants précoces par deux qualités intéressantes,
1  - elle est capable de contenir plus d’informations que la moyenne,  dans un temps beaucoup plus long et le transparent  que je montre ici  va illustrer ce propos. Vous avez ici ce stockage à court  terme, c’est-à-dire le nombre d’informations stockées à court terme dont vous voyez qu’il varie en fonction d’une donnée de QI et on est très conscient que plus sa valeur est élevée, et  plus on peut effectuer de synthèses originales.
2 - La seconde donnée, c’est la durée de la trace qui est stockée et là aussi, on voit que cette durée varie pratiquement du simple au triple quand on passe d’un QI  moins de 115 à un QI de 140.» [6]

       Ce qui ne se recoupe pas toujours avec les résultats au Wechsler (IMT) en raison, pour certains enfants, du peu d'attractivité des subtests MdC (souvent à la moyenne, voire moins) et Symboles (un peu meilleur), ou Arithmétique (WISC III, voir étude Wi3n273), de même sur le WISC IV : MdC, Code et Symboles, (voir étude Wi4n50).


3.2.5. Une hyperesthésie

L'hyperesthésie est l'exagération physiologique ou pathologique de la sensibilité de divers sens. Ressentie comme douloureuse, il s"agit alors d'allodynie. L'hyperesthésie est assez fréquente, mais non générale, chez les personnes surdouées, elle ne concerne pas tous les sens, mais surtout l'audition (intolérance aux bruits ± forts), l'odorat (aux bonnes comme au mauvaises odeurs), le toucher (intolérance de la peau à certaines matières : laine; polyester (étiquettes). Elle est plus gênante (surtout non-expliquée) qu'invalidante.


Par contre, d'après J. Grégoire et alt., on ne note pas de différence physiologique cérébrale dans le fonctionnement du cerveau limbique (amygdale) en ce qui concerne les émotions ; ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas de différence spécifique dans le traitement de celles-ci. Voir : Affectif 5.1

C'est cet ensemble de spécificités qui permet une meilleure efficience intellectuelle.