Sommaire

Table des matières

3. Approche neurologique
3.1. Constitution normale
3.2. Surdoués : spécificités
3.3. Balance et impacts
  3.3.1. Balance perceptive
  3.3.2. Balance cognitive
 
3.3.3. Balance affective
  3.3.4. Balance motrice
  3.3.5. Balance sociale


Notes









































































[1] Chauve-souris en voie de disparition.




3. Approche neuropsychologique

 3.3. Balances et Impacts


Les différences neurologiques des personnes surdouées sur les différents registres concernés, si elles présentent des avantages indéniables, impliquent aussi des inconvénients pour l'individu et impactent tout autant sa vie sociale que personnelle.
Établissons donc la balance entre aspects positifs et négatifs.


3.3.1. Balance perceptive

Elle joue sur les cinq sens, à des degrés divers selon les individus. C'est l'hyperesthésie : augmentation de la sensibilité de la perception sur un ou plusieurs sens (notamment audition, odorat et goût).
Avantages :
• acuité renforcée de la perception sur un ou plusieurs sens.
Inconvénients :
• peut souvent être mal vécue par la personne (migraine aux odeurs, aux sons trop forts...) ;
• peut entrainer socialement un sentiment d'étrangeté, la personne étant la seule à percevoir avec une telle importance.


3.3.2. Balance cognitive

 Elle concerne l'acquisition, la compréhension, la mémorisation et le traitement des informations intellectuelles.
Avantages :
• un fonctionnement plus rapide ;
• un fonctionnement plus complexe interconnectant de multiples champs ;
• un fonctionnement plus économique sur certaines tâches (sauf emprise émotionnelle trop forte) et moindre fatigabilité.
Inconvénients :
• toutes les capacités ne sont pas développées au même niveau ;
• besoin impératif de comprendre les tenants et les aboutissants ;
• précipitation fréquente dans le traitement de l'information ;
• difficulté d'inhibition latente, c'est-à-dire difficulté de choisir, dans le flot des informations émergentes, l'élément pertinent ;
• le risque d'épuisement (perfectionnisme => burn out).


Les deux notions suivantes ont été longtemps perçues comme un retard de développement par rapport au développement cognitif, thèse soutenue par le syndrome de dyssynchronie. Les recherches récentes vont à l'encontre de cette thèse (Vaivre-Douret, 2002).


3.3.3. Balance affective

On parle souvent d'hypersensibilité à propos des surdoués, or, l'étude Brasseur, Grégoire et Mikolajczak réalisée en 2013, ne montre aucune différence entre HP et non-HP. Par contre, plus sujets que la moyenne aux traitements psychosociaux inadaptés (notamment scolaires), surtout réitérés quotidiennement, ils peuvent développer une forte réactivité émotionnelle à ces situations, réaction trop souvent tenue pour immaturité affective : diagnostic bien pratique pour évacuer toute responsabilité du milieu social et/ou scolaire. Les personnes surdouées montrent, au contraire, une maturité bien supérieure à la population du même âge :
Avantages :
• perception fine de l'autre et de ses intentions ;
• empathie générale ;
• fort sens du juste, du vrai, du beau, de l'utile.
Inconvénients :
• peut être mal vécu par l'autre ainsi percé à jour ;
• peut être la source de beaucoup de désillusions face à une vision trop idyllique/logique des rapports sociaux ;
• difficultés de rapport avec une autorité non basée sur la compétence (autoritarisme) ;
• peut parasiter le fonctionnement cognitif et le système immunitaire en cas de stress important.


3.3.4. Balance psychomotrice

Les maladresses relevées tiennent non pas d'un déficit sur ce plan, mais le plus souvent d'un manque d'attention ou d'intérêt pour l'activité psychomotrice proposée. Les études de Vaivre-Douret démontrent qu'il s'agit non point au départ d'une dyssychronie native, mais acquise, notamment par la mise en collectif et notamment au forçage pédagogique (écriture). Par ailleurs, nos études sur l'inventaire chrestique (IChn40) ne montrent aucune désaffection du plan sportif, bien au contraire.
Avantages :
• performances, si intérêt.
Inconvénients :
• besoin de comprendre les tenants et les aboutissants avant d'exécuter ;
• maladresse par manque d'attention, surtout si non-intérêt ;
• lenteur par perfectionnisme ;
• graphomotricité : il ne s'agit pas de déficit ou de pathologie, mais le plus souvent d'une pédagogie inadaptée à ce type d'enfant (trop répétitive, forçage du rythme...) (Morin, Écriture et  surdouement, 2011).


3.3.5. Balance sociale

Trop souvent la personne ne perçoit que les aspects négatifs de ses différences en raison de l'accueil social à sa différence.
Avantages
Pour l'environnement
• Créativité, inventivité de la personne surdouée ;
• Esprit pointu, curieux, encyclopédique et ouvert ;
• Empathie ;
• Excellent rendement, si bonnes conditions.
Pour l'individu
Épanouissement des compétences vers le talent par la reconnaissance sociale.
Inconvénients
Pour l'environnement
• Nécessité de prendre en compte les spécificités du sujet.
Pour l'individu
• Incompréhension sociale fréquente de ses spécificités, d'où marginalisation, rejet.



Le surdouement est une richesse individuelle, mais tout autant collective. Dans un environnement de plus en plus mon- dialisé, où la compétition internationale est rude, la non-prise en compte sociale de cette particularité individuelle est une faute majeure. Ce n'est pas, en effet, dans la reconduction de l'existant et le déni des différences positives que la société hu- maine et donc française pourra s'assurer un avenir meilleur. Les avancées, quelles que soient leur domaine, ont été très souvent le fait d'individus hors-normes, voire autodidactes (Édison, de Vinci, Bell, les frères Wright, Lincoln, etc). Laisser les personnes surdouées se dissoudre dans le marasme est-elle la façon la plus intelligente et productive d'aborder collectivement demain ?
La préservation de la personne surdouée est-elle moins importante que celle du panda ou du rhinolophe de Méhely [1] ?