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Notes

[1] Il est plus facile de cons- truire des enfants solides que de réparer des adultes brisés. Lien














[2] Voir l'excellent chapi- tre de Stéphanie Aubertin sur ce sujet. Lien. Voir aussi notre article 130 or not 130 : Lien.



4. Surdouement : Approche psychométrique

4.1. Vers le test

« It is easier to build strong children than to repair broken men. »
Frédéric Douglass [1]


Si des indices comportementaux : généraux, somatiques ou scolaires, lorsqu’ils sont relevés correctement et croisés, peuvent attirer l’attention des intervenants éducatifs (parents, enseignants, psychologues…) sur un probable surdouement, il demeure cependant indispensable de vérifier objectivement cette hypothèse sur un test d’efficience intellectuelle. Mais, pour que les résultats soient réellement probants, encore faut-il que :
    - la personne soit en état physique et psychologique de passer cette évaluation et adhère à l'examen,
    - le test soit pertinent à ce que l’on recherche, dans sa version la plus récente et adapté à la tranche d'âge,
    - la passation soit standard (selon le protocole prévu),
    - la relation enfant-psychologue soit de nature aidante.

Un enfant avec 40° de fièvre, en pleine déprime ou en pleine révolte (agressive ou mutique), un accueil glacial ou narquois du psychologue - situations vues, hélas, ne permettront pas à la personne d’exprimer tout son potentiel. Certaines passations : test incomplet, passation en trois fois et plus, erreur de calcul des QI (addition des optionnels dans le QIT), remplacement d’épreuves par d’autres d’un test différent, etc. ne sont pas de nature non plus à donner un résultat correct. Les tests gratuits sur le net ne sont pas valides.

Encore faudrait-il que le psychologue sache interpréter les résultats pour une population qui présente des particularités manifestes, y compris sur le test, et sur laquelle sa formation (tests et personnes surdouées), est fort discrète, quand elle n'est pas abusivement tirée vers la pathologie. Encore faudrait-il qu’il soit capable de donner à l’enfant et à ses parents ou à l’adulte concerné les conseils pertinents. Ce qui implique une excellente connaissance :
         - des tests de Wechsler et de l'analyse fine des résultats pour cette population particulière,
         - des personnes surdouées, de leurs particularités et difficultés individuelles y compris au test,
         - et des actions susceptibles de les aider à les surmonter.

L’état dans lequel nous trouvons nombre d'enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes, pourtant dûment testés, qui ont suivi/subi diverses prises en charge (parfois sur plusieurs années) de multiples spécialistes (psychomotricien, orthophoniste, psychothérapeute, psychanalyste…), sans que jamais la moindre synthèse de ces différentes thérapies n’eût été faite ou la spécificité de la personne prise en compte, résulte d’une formation indigente, d'idéologies archaïques ou de l'enfermement des spécialités dans leur tour d'ivoire …
         Il faut dire que l’étude des personnes surdouées et des surdouements est quasi-absente du cursus universitaire ou renvoyée aux schémas explicatifs pathologiques classiques et non-pertinents, quand elle n’est pas tenue pour haute fantaisie et la demande de test pour fantasmes de parents délirants, en mal de réparation, de reconnaissance sociale ou d'enfant idéal.
       Il faut dire encore que la psychométrie, étude quantitative, mais aussi qualitative (profil des notes standard) et statistique des phénomènes psychiques n’est, le plus souvent, nullement approfondie dans le cursus de formation des psychologues, voire tenue en piètre estime par nombre d’entre eux, considérée comme un art mineur, un art mécanique, une approche de seconde zone au regard de la toute puissance de l’intuition clinique.
        Il faut dire enfin, que très peu de recherches, en France, sont orientées sur la compréhension du surdouement, en raison de préventions archaïques ou mythiques qui restent obstinément attachées à ce domaine, de conflits ineptes entre attitude clinique et attitude psychométrique, entre l’inné et l’acquis…
            L’expérience, hélas, nous démontre que : l’insuffisance de connaissances de cette population, donc les analyses sommaires (donc les risques d’erreurs de prise en charge), le déni et la volonté de normalisation (égalitarisme), la pathologisation outrancière de ce qui n'est que difficulté transitoire (notamment pédagogique), entraînent, laissent perdurer ou renforcent des souffrances qui, à termes, engendreront : refus scolaire, dépression, sous-réalisation, addictions compensatoires, somatisations... souvent sur toute une vie.
            Les personnes surdouées présentent aux tests des profils très spécifiques dont il importe de tenir compte, afin de ne pas extrapoler vers la pathologie ce qui est "normal" chez elles [2].

Après vingt années d’expérience d'observation et de recherches, nous nous proposons de faire part de nos axes de travail, en espérant que cette contribution puisse améliorer la reconnaissance et la prise en charge des personnes surdouées.