Sommaire

Table des matières

4. Approche psychométrique
  4.1. Vers le test.
  4.2. La psychométrie.
 
4.3. Quel test et pourquoi ?
  4.4. Les  Wechsler
  4.5. L'anamnèse.
  4.6. La passation du test
  4.7. L'analyse des résultats.
 
4.8. Leur restitution
  4.9 Les inventaires



Notes

[1]  S. Aubertin, neuropsycho- logue, in Test et pratiques, série d'articles paru dans Athéna N° 21 à 24. 2013-14.






















[2] Voir Études ACSIS.



















4. Surdouement : Approche  psychométrique

4.6. La passation du test


Passer un test d'efficience intellectuelle n'est pas un exercice anodin, il implique, pour être réellement représentatif des capacités de la personne, un certain nombre de conditions.


4.6.1. La relation sujet-psychologue

Pour que la personne surdouée accepte de dévoiler tout son potentiel, elle doit se sentir en sécurité dans un cadre rassurant et, surtout, avoir établi un lien de confiance avec le/la psychologue. C'est-à-dire de ne pas se percevoir comme un objet d'évaluation et/ou d'observation bien qu'il s'agisse d'un examen, mais au contraire se sentir respectée, appréciée dans un échange à parité, même  enfant.
Par exemple, avec des personnes surdouées il importe :
• d'offrir un accueil chaleureux et simple ;
d'exclure toute situation dominant/dominé de la part du psychologue ;
• d'expliquer à la personne les tenants et les aboutissants du test et des différents subtest si l'on veut obtenir son adhésion ;

• de rassurer la personne sur sa compétence à réussir, en cas de blocage manifeste ;
• de permettre certaines pauses selon la fatigabilité de la personne.

Plus concrètement, Stéphanie Aubertin [1] :

« Certes, les enfants sont habitués à être interrogés à l'école, mais certains sont allergiques à l'effort et, s'arrêtent net dès la première difficulté, ce qui ne représente pas leur niveau. Il faut donc les encourager subtilement, c'est-à-dire sans qu'ils ressentent une pression afin qu'ils « travaillent », pour la première fois, à la réelle vitesse de leur moteur. Ainsi, une petite fille de toute juste 8 ans, en CE1, m'a-t-elle dit sur le sous-test Matrices  « C’est normal que ça fasse fumer le cerveau ? ».


4.6.2. L'état de la personne

La personne doit être dans un bon état physique et psychologique. Tester un enfant avec 39° de fièvre (chose vue), sous prétexte que le rendez-vous était pris de longue date, n'est pas tolérable. Tester une personne en crise (colère, dépression, etc.) ne l'est pas non plus. Il vaut mieux alors différer le test et entreprendre un suivi thérapeutique au préalable.


4.6.3. Adapter

La durée de passation standard est donnée pour 90 mn. Paradoxalement, avec des personnes surdouées qui pourtant pensent très rapidement, cette durée n'est guère possible si l'on veut un profil représentatif de leurs aptitudes réelles. Stéphanie Aubertin (o.c.) :

« J'ai reçu, il y a quelques mois, un adolescent qui avait passé un test lors de son entrée en 6e dans un grand centre spécialisé. Résultat : 95 de Q.I.T. Je le revois plusieurs an­nées plus tard, après de nombreux échecs scolaires, redoublements et dépression. Dès le premier entretien, je ressens chez lui un esprit extrêmement vif, une mémoire qui frôle l'hypermnésie, des intérêts hors du commun, ainsi qu'une lucidité sur les autres et sur lui-même très importante. Les parents voulaient qu'il passe un nouveau test. J'avais alors refusé, c'était tout à fait contre-indiqué au vu de son moral, et le surdouement ne faisait aucun doute. Le test n'était donc pas prioritaire. Je lui proposais alors des entretiens thérapeutiques sur quelques séances. Il avait une bonne résilience et en trois entretiens, il allait nettement mieux et se sentait prêt à repasser le test et pour moi, il l’était. Il obtint plus de 140 de Q.I. ! Comment un enfant qui se trouvait légèrement en dessous de la moyenne pouvait s'en retrouver maintenant à plus trois écarts type ? Ils [certains psychologues] considèrent que si la personne n'a pas donné la réponse en x secondes, c'est qu'elle ne sait pas. Et, comme il faut un certain nombre d'items cotés zéro consécutifs pour arrêter le sous-test, la note standard peut facilement s'effondrer, sans refléter les capacités réelles. Chez cet adolescent, les conséquences avaient été dramatiques, lui faisant perdre confiance en lui et l'enfonçant dans une spirale d'échec. »

Dans notre étude comparative entre le WISC III et le WISC IV [2], nous notions une perte de 2,6 points sur la moyenne des résultats de la nouvelle version, le test étant resté de même configuration. La différence provenait de ce que Cubes - subtest instrumental - était placé sur la version IV en tête de passation contrairement à la version précédente où il se situait en milieu. Pour des sujets à très forte prédominance verbale, comme majoritairement chez les surdoués, commencer par un tel subtest est une source de perturbation :

« Or les personnes à haut potentiel, avec leur anxiété de performance, chutent quasi systématiquement ce sous-test lorsqu'il est en première position et le réussissent davantage lorsqu'il est introduit plus tard dans la passation, le stress ayant diminué. » [1]

Avec les personnes surdouées, il est aussi souvent nécessaires de reformuler les questions, notamment les premières, car elles iront chercher une complexité absente ou seront perplexes devant une réponse trop évidente : «  ça ne peut pas être aussi simple ! ». Autre adaptation : certaines questions de culture générale font référence à des évènements d'actualité ou des termes évidents à la parution du test, mais qui ne le sont plus quelques années après. Enfin, la richesse culturelle peut amener des réponses bien au-delà, en termes de pertinence, de celles qui sont référencées ; leur absence du catalogue ne doit pas être pris comme une réponse fausse.

Autre particularité de leur fonctionnement quant à l'effort, c'est la pensée que s'ils ne trouvent pas immédiatement la réponse c'est qu'ils ont atteint leur limite et donc qu'il est vain de poursuivre ou que cela ne les mènera qu'à l'échec. Cette auto-limitation est fréquente lors des tests, mais stimulés et rassurés ils parviennent à dépasser ce blocage et obtiennent alors des scores bien supérieurs.


Contraindre la personne dans un cadre rigide (temps, consignes...), sans ménagement, peut s'avérer une véritable maltraitance pour les personnes surdouées. L'examen de l'intelligence implique intelligence et aménité de la part du praticien. C'est bien le moins.
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