Sommaire

Table des matières

4. Approche psychométrique
  4.1. Vers le test.
  4.2. La psychométrie.
 
4.3. Quel test et pourquoi ?
  4.4. Les  Wechsler
  4.5. L'anamnèse.
  4.6. La passation du test.
  4.7. L'analyse des résultats.
        Mode de calcul.
        QIT
        Profil interprétable ?
        Seuil...
        Profils, Indices et QIT
        Profil des notes std
        Représentation graph.

        IAG ou QIT
        Optionnels

       Observations
 
4.8. Leur restitution
  4.9 Les inventaires



Notes

























[1] 
Selon les études de Grégoire, Liratni, Lautrey, Pereira-Fradin.







































[2] Selon les études de Liratni (LIR), Pereira-Fradin (PER) et Manuel  du WISC IV. Les critères de sélection sont de QIT130 pour les autres études et QIT et/ou Indices à 125 pour la nôtre).

[3] J. Grégoire in Les Indices du WISC-IV et leur interpré- tation. Le Journal des psycho- logues 2007/10.
J. Lautrey et alt,  in L'état de la recherche sur les enfants dits « surdoués ». CNRS, Univ. Paris V. Fondation de France. 2004.







4. Surdouement : Approche psychométrique

4.7. L'analyse des résultats


Elle est complexe, car les résultats comportent plusieurs séries de chiffres qui s'articulent selon différents modes de calcul qu'il est important de bien comprendre pour éviter les mauvaises interprétations.


 4.7.1. Les modes de calcul

Dénomination Modes de calcul
Notes brutes Sur « n » questions de difficulté croissante, c'est le nombre de réponses obtenues. Elles sont cotées : 0, 1 ou 2 selon la qualité de la réponse (fausse, approchante, complète). Le nombre de questions est variables selon les sub-tests. On arrête les questions après un nombre variable selon les épreuves d'échecs successifs.
Notes standard Comptabiliser 10 bonnes réponses à 10 ans montre un niveau supérieur au même score à 15 ans. La note brute est donc ramenée à une table statistique en fonction de l'âge, par tranche de 3 mois pour le WISC IV. Elles sont plafonnées en général à 19, sauf : Cubes, MdC, IdC et Matrices qui, descendront à partir de 13 ans et finiront par exemple à 16 ans 8 mois, respectivement à 17, 17, 15 et 17.
Indices Les quatre Indices (WISC IV) regroupent les subtest d'un même registre : ICV (3) , IRP(3), IMT (2) IVT (2). Ils se calculent sur la somme des notes standard du registre, ramenée à une table statistique. Ainsi, un point de cette somme peut valoir 1 ou parfois plusieurs points en Indices. Les indices sont plafonnés à 155 (ICV, IRP) ou à 150 (IMT, IVT).
QIT Le QIT se calcule sur l'ensemble des 10 notes standard ramené à une table statistique. Il est plafonné à 160.
Le QIT n'est donc pas la moyenne arithmétique des Indices, mais indique, comme les Indices, la place du sujet  dans la population d'étalonnage.


 4.7.2. Le QIT ou QI Total

Le QI Total (QIT) varie de 40 à 160 points avec, par construction, une moyenne à 100 points. Toujours par construction, l'écart-type est situé à 15 points. Un QIT de 100 correspond à 50% de la population et le QIT moyen théorique s'échelonne selon les auteurs et le mode de calcul de 90 à 110 (68,26% de la population) ou de 85 à 115 points (1 écart-type). La distribution suit une courbe de Gauss.

Graphique 1

C'est à partir de cette courbe que se déterminent les différentes catégories, notamment pour la discrimination de la déficience ou du surdouement intellectuel. La plupart des institutions ou des associations s'étaient basées sur un QIT 130 (2,27%) pour la détermination du surdouement. Terrassier tenait pour un QIT à 125 (4,78%). Ces seuils avaient le mérite de la simplicité, mais avec comme corollaire : à 130 (125) on est surdoué et à 129 (124) on ne l'est pas. Or, la courbe est progressive et ne fonctionne pas par saut qualitatif. C'était prendre le QIT pour un couperet de concours, alors qu'il est avant tout un outil de compréhension de la personne.


 4.7.3. Profils, Indices et QIT

La précision des échelles de Wechsler, comme pour tous les autres tests, est meilleure au centre de la courbe qu'aux extrêmes. Les personnes surdouées ne se trouvant pas au médian de la courbe, réagissent donc différemment. Par exemple, le QIT n'est valide que si l'empan entre les indices ne dépasse pas 15 points (1 écart-type). Or, notre étude Wi4n120, conforme en cela aux autres études [1], donne les résultats suivants :


Graphique 2
L'on perçoit (graphique 2) que cette population présente des empans de réponses bien au-delà des 15 points standard. Ces écarts varient de 2 fois la norme (IRP) à plus de 3 fois (IVT).  Il s'en suit que cette population se caractérise ultra- majoritairement par des profils hétérogènes sur l'ensem- ble des indices.
    Il en ressort (Graphique 3) que seuls 5% des QIT sont réellement interprétables et donc représentatifs globa- lement des aptitudes des personnes surdouées. C'est bien peu. Nous mesurons là les limites du QIT pour ce groupe.Il en ressort (Graphique 3) que seuls 5% des QIT sont réellement interprétables et donc représentatifs globa- lement des aptitudes des personnes surdouées. C'est bien peu. Nous mesurons là les limites du QIT pour ce groupe.


Graphique 3


Graphique 4
Malgré les différences de taille des échantillons et des critères [3], il apparaît (Graphiques 4) que les cour- bes sont bien similaires quelle que soit la source (Liratni et Pereirra). Par contre,  (Graphique 5) le manuel du WISC IV sous-cote très visiblement l'ICV, en raison du faible nombre de l'échan- tillon spécifique (20 sujets) sur les 1100 de l'échantillon total (voir supra : Profils des indices). Même observation quant à la WAIS IV.

En termes d'Indices, il existe donc un profil typique et très signuficatif des personnes surdouées sur ces deux tests. [2]


Graphique 5
Il en résulte donc, pour les personnes surdouées, que la notion d'indices n'a que valeur indicative et non de "certification" et le QIT de même. Nous rejoignons là les observations des chercheurs,  comme Jacques Grégoire et Jacques Lautrey [3].


 4.7.4. Alors, quel seuil ?

Le seuil à 130 (Manuel), 132 (Mensa) ou tout autre est un discriminant illusoire. Pour nos études, afin de tenir compte de l'hétérogénéité, nous avons choisi un seuil de 125 au QIV ou QIP ou QIT (versions III) ou 125 au moins à l'un des Indices (hors IVT) ou au QIT (Versions IV).  Ces seuils à 130 ou 125 ne sont qu'une construction mathématique théorique par symétrie avec le seuil de la déficience  à QIT 80 ou 75. Jacques Lautrey (o.c.) :

« Dans la mesure où la distribution du QI est continue, et forme par convention une courbe normale, un tel seuil ne peut être fixé que de façon conventionnelle. La plupart des chercheurs ont fixé ce seuil à deux écarts-types de la moyenne, ce qui signifie que la proportion des sujets qui se situe au-delà représente 2,2% de la population de référence (en général la population des personnes du même âge). Avec une échelle de QI comme la WISC, où la moyenne du QI est fixée à 100 et l'écart-type à 15, un seuil fixé à deux écarts-types au-dessus de la moyenne correspond à un QI de 130. Ce seuil n'a aucune vertu particulière et compte tenu de la nature conventionnelle de la définition, les discussions sur la proportion d'enfants « surdoués » dans la population ou sur la vraie valeur du QI à partir de laquelle on peut considérer qu'un enfant est « surdoué » (135 ? 150 ?) sont dénuées de sens. »

Si QIT et Indices ne sont pas fiables comme discriminant du surdouement, le profil de la courbe des notes standard est lui parfaitement parlant et bien caractéristique, tant dans les pics (ICV) que dans les chutes (IVT). Lui seul tient compte des inhibitions ou des blocages qui peuvent faire chuter considérablement le QIT. Certes cela demande une analyse fine des résultats, mais aussi de la passation (blocages, lenteurs, etc.), c'est bien le moins que l'on puisse attendre d'un psychologue.


 4.7.5. Le profil des Indices


Graphique 5
Bien que regroupée sous un même vocable, cette population n'est pas homogène, loin s'en faut. La courbe des indices se tasse pour les plus hauts profils et se creuse pour les plus faibles. L'empan des QIT est considérable 64 pts. L'empan entre ICV et IVT, par exemple,  passe de 9 pts pour les hauts QIT à 35,6 pts pour la moyenne et à 60 pts pour la courbe basse. Cependant, pics et chutes se situent bien sur les mêmes registres. Aucun des enfants considérés ne présente de pathologie manifeste.

Graphique 6
Ceci n'est pas propre aux enfants, nous retrouvons les mêmes variations, mais plus resserrées, chez les adultes sur la WAIS IV. Tous présentent bien un ensemble de caractéristiques comportementales au test typiques des surdoués, avec cependant toutes les nuances individuelles. L'erreur serait de statuer uniquement à partir des moyennes pour une population qui est hors-moyenne.


 4.7.6. Le profil des notes standard


Graphique 7
L'on perçoit ici (graphique 7)l'effet plafond des hautes notes par insuffisance de complexité des épreuves. Sachant qu'un étalonnage demande 1100 sujet et que les QIT > 130 ne représentent que 2,2% de la population, s'il fallait trouver 1100 sujets avec de tels QIT, la tâche serait trop onéreuse. L'on se contente généralement d'une vingtaine de sujets sur- doués. D'où l'intérêt des recherches plus ci- blées. Les courbes adultes (graphique 8) sont plus resserrées.

Graphique 8

 4.7.7. La représentation graphique des notes standard

La restitution des résultats est importante, mais elle reste souvent abstraite pour le sujet, aussi est-il non moins important qu'il puisse avoir une représentation visuelle compréhensible (enfants) de ses scores.

À la présentation habituelle sur la courbe de Gauss ou d'histogramme  calé sur le 0, nous préférerons suivre les recommandations de Jacques Grégoire préconisant un seuillage sur la moyenne du sujet. Cette représentation endonormée possède le mérite de montrer directement au sujt ses forces comme ses faiblesses et d'avoir ainsi une vision plus juste de sa réalité.

Il est en effet plus intéressant pour le sujet, adulte comme enfant, de visualiser la manière dont il fonctionne sur le plan intellectuel, plutôt que sa situation par rapport à la population générale.
          Par ailleurs, chez les jeunes enfants, la représentation sur la courbe de Gauss passe mal, ils ne comprennent pas qu'ayant obtenus des résultats supérieurs, ils se trouvent logés au pied de la courbe.

Graphique 9
  4.7.8. IAG ou QIT ?

J. Grégoire proposait pour cette population de remplacer le QIT par l'IAG (Indice d'Aptitude Générale), indice qui se compose des seuls ICV et IRP, plus spécifiquement cognitifs. Hors Cubes, il n'y a plus d'épreuves chronométrées, ce qui limite la pression du temps. Sur notre échantillon, pour 60% l'IAG est bien supérieur en valeur absolue au QIT, mais si l'on prend les conditions d'écart IAG/QIT posées par Grégoire (11 points d'écart) pour valider l'IAG, l'intérêt de ce mode de calcul ne concerne plus que 4% de l'échantillon. S'il augmente en moyenne l'IAG de 10 points par rapport au QIT pour les 4% concernées, l'intérêt se restreint à ce groupe.


 4.7.9. Les épreuves optionnelles

Elles permettent d'affiner l'analyse en cas de blocage supposé sur une épreuve d'un registre. Elles sont rarement passées pour ne pas allonger la prestation. Il ne s'agit pas de toutes les faire passer (cinq optionnelles), mais de se limiter aux seules épreuves qui apporteront un plus en fonction et de l'anamnèse et de la passation. Elles n'interviennent pas dans le calcul du QIT ou des Indices.


4.7.10. Observations et Réflexions

La méconnaissance des finesses du test et de cette population amène nombre d'erreurs d'interprétation, nous en avons relevé les plus fréquentes.

Vitesse et intelligence
Il ne s'agit pas de remettre en cause le chronométrage des épreuves, mais de se poser la question : l'intelligence est-elle plus affaire de justesse de la réponse ou de rapidité de celle-ci ? Si le surdoué est en général rapide, voire très rapide, quant à la pensée, l'expression de celle-ci peut être lente, il est donc nécessaire de ne pas confondre les deux notions.
        Cette lenteur est due à plusieurs causes  :
1. la complexité et l'amplitude des champs inventoriés avant de parvenir à la réponse (le temps de faire le tour de la question) ;
2. la difficulté à inhiber les distracteurs émotionnels (manque de  confiance en soi, anxiété majeure...) ;
3. le perfectionnisme ou la recherche d'une complexité absente ;
4. la dépression, etc.


La rapidité peut avoir des effets négatifs, par exemple, se focaliser sur un mot et non sur l'ensemble de la question (hors sujet). C'est l'observation du sujet par le psychologue, pendant la passation, qui permettra de moduler son évaluation, ce qui implique de noter pendant celle-ci les éléments pertinents du comportement.

Mémoire de travail et intelligence
Les deux subtests qui composent ce registre sont très sensibles au stress (chronomètre) et nombre de personnes surdouées sont déstabilisées par ce type de subtest répétitif et sans portée utile et concrète. Leur mémoire de travail est plus orientée sur les mots. IMT partage d'ailleurs avec Cubes et IVT les écarts-type les plus élevés (>3), les réponses ne sont donc pas homogènes pour cette population, selon leur état et leur gestion du stress.

Dépression, anxiété, mésestime, perfectionnisme et intelligence
Poser, lors de l'anamnèse, un  état de dépression, d'anxiété forte ou de manque majeur de confiance en soi et proposer quand même le test ne revient qu'à mesurer les seuls niveaux d'anxiété, de dépression, de perfectionnisme ou de mésestime.

Indices, homogénéité/hétérogénéité et Intelligence
Décréter au vu des indices que le profil est homogène, n'est correct que si chacun des registres l'est lui-même, sinon il s'agit d'une fausse homogénéité. Exemple concret, homme de 49 ans (WAIS IV) :

ICV
IRP
IMT
IVT
QIT
Conclusion
106
107
97
92
100
Intelligence moyenne homogène.
Tableau 1
Le profil est apparemment homogène (Tableau 1), car l'écart maximal entre les indices ne dépasse pas les 15 pts. Mais, si l'on regarde de plus près le profil des notes standard (Tableau 2), une autre approche se fait jour : l'empan pour chaque registre dépasse les 3 points et pour l'en- semble des deux registres l'écart est de 9 points, ce profil n'est plus homogène. Il ya lieu d'interroger Informations et Puzzle et de confirmer par les subtest optionnels.
ICV
Note IRPNote
Sim
12
Cub
10
Voc
15
Mat
13
Info
6
Puz
8
Comp
11
CIm
10
Écarts
9

5
Tableau 2
Chaque registre (ICV, IRP, IMT, IVT est considéré comme homogène si l'écart maximal est de 3 points entre les notes standard qui le composent. Ici, seuls IMT et IVT répondent de cette norme. ICV est particulièrement hétérogène et IRP bien au-dessus de la norme. Ces deux indices n'étant pas homogène, le profil des indices ne peut être pertinent et le calcul du QIT est illusoire. L'anamnèse faisait état d'anxiété majeure et de TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) : dans un tel état le test n'aurait pas dû être proposé au sujet, du moins pas avant d'avoir réglé/modéré les troubles. Il y a de plus une distorsion qui aurait dû alerter le praticien, un homme  de 49 ans avec Informations à 6, donc une culture générale très faible, ne pourrait avoir un Vocabulaire à 15 et ce 6 à Informations s'avère peu compatible avec un niveau universitaire pourtant dument relaté.
      Nous sommes là dans une lecture mécanique du test, sans intelligence, ce qui est un comble.

Cubes et intelligence
L'ultra-majorité des personnes surdouées présentent une prédominance très forte de l'ICV, donc un fonctionnement à partir du raisonnement verbal. Commencer le test par une épreuve instrumentale (Cubes) les défavorise, depuis la version IV. Dans la version précédente WISC III, Cubes était situé au milieu du test. Sur nos études (Wi4n50 et Wi3n273), nous avons noté une baisse de 15,12  à 12,50, soit : 2,62 points/19, en moyenne sur Cubes, le contenu du subtest n'ayant pas changé. Il serait bon de le ressituer comme dans la version III, au moins pour les personnes surdouées.

Auto-limitation
Ce comportement au test se remarque chez certains enfant (surtout jeunes sur WPPSI ou moins de 8 ans sur WISC) et donne des résultats très en-dessous de la réalité. On observe en effet un plafonnement systématique sur certains registres, en général autour de 14 pts (ICV et IRP) quand les autres registres fluctuent normalement. Il s'agit là d'un refus de l'effort : si le sujet ne trouve pas du premier coup, plutôt que de réfléchir un peu plus, il abandonne, surtout si le psychologue omet de le stimuler.



Un bon outil ne suffit pas pour un travail de qualité, il faut aussi un bon ouvrier, ayant tout autant une bonne connaissance de l'outil, que du matériau sur lequel il travaille, surtout quand ce matériau est l'humain et ici l'humain surdoué.