Sommaire

Table des matières

5. Approche psychoaffective
  5.1. Des émotions...
  5.2. Les 7 peurs.
  5.3. Pensées récurrentes
  5.4. Pensées procurrentes
  5.5. Changer la stratégie
  5.6. Du Stress


Notes

[1] Pauline Rose Clance, in Le complexe d'imposture, ou, Comment surmonter la peur qui mine votre réussite. Éd. Flammarion (1992). Dans le syndrome de l'imposteur ou syndrome de l'autodidacte, la personne dénie toute cause personnelle à son succès, le mérite en revenant à la chance, des relations, des circonstan- ces... Ils pensent abuser les autres et s'attendent à être démasqués très rapidement.



















[2] Thèse développée par J. Siaud-Fachin. Voir : Mythes.
Voir aussi: Le cerveau et la pensée, de Gérald Fischbach, professeur de neurobiologie à l'Université de Harvard. Éd. Pour la science, N° 181, (1992).




5. Surdouement : approche psychoaffective

5.2. Les 7 peurs de l'enfant et de l'adulte surdoué


Dans le registre des émotions, ces peurs sont multiples et parfois changeantes au fil des jours, des milieux de vie et surtout des discours entendus. En voici les principales, liste non-exhaustive :

• Peur de l'anormalité.
Se sentir différent est un problème, si cette différence n'est pas nommée et expliquée. Quand elle l'est, elle se gère bien. Quand elle ne l'est pas, elle est trop souvent vécue comme une anomalie, une déficience, une tare, avec en sus : la culpabilité, « C'est de ma faute ! ». Quand, de plus, trop souvent, c'est le discours des "autres" : copains, famille, enseignants, cela ne peut que renforcer cette fâcheuse impression qui se changera rapidement en certitude : « Je ne suis pas normal ! »

• Peur de l'incompétence.
Plutôt que de valoriser ce qu'il sait très bien faire, mieux et plus vite que les autres, le surdoué va se focaliser sur ses incom- pétences et se dévaloriser. C'est trop souvent l'enseignant qui est à l'origine de ce sentiment : « Voyons, Paul, tu ne sais pas faire ça et on dit que tu es surdoué? » Comme si le fait d'être surdoué impliquait l'omniscience.
       Pour peu que l'on insiste quotidiennement et publiquement sur les faiblesses avérées, mais bien provisoires, disons par exemple l'écriture, on arrivera au blocage, à la dévalorisation de soi, au déni de son propre surdouement. Ce qui était une banale difficulté d'apprentissage, par inadaptation pédagogique, finit en supposée pathologie, avec envoi plus ou moins rapide vers un professionnel qui, non-averti et formé, ne sera pas d'un grand secours.

• Peur de l'imposture.
C'est plus fréquent chez les adultes. Du fait de leurs compétences autodidactiques avérées et reconnues par autrui, on les charge (voire surcharge) de travaux divers, en dehors de leur "compétence officielle" ou de leur secteur dévolu. Leur empathie les empêche de refuser d'autant plus que cette compétence offre une certaine reconnaissance sociale. Comme ils s'en tirent généralement très bien : recrudescence de demandes. Alors, s'installe la peur : c'est le syndrome de l'imposteur [1]. On va découvrir que je n'ai pas les titres, les habilitations... voulues, alors ... ce sera la honte.

• Peur de l'échec.
L'échec est une péripétie normale dans tout apprentissage. Pour la personne surdouée, l'échec n'est vécu pas comme : « J'ai produit un acte inapproprié. », mais comme : « Je ne vaux rien. ». L'échec ne remet pas en question son action ou sa stratégie, mais sa personne, d'autant plus fortement que son estime d'elle-même est déjà basse.
       Curieusement, pour la même bévue, en mathématiques on parlera d'« erreur », quand en français le verdict sera « faute » avec son cortège de culpabilité et sa connotation quasi-délictuelle.
        Cette peur est aussi liée aux facilités cognitives qui occultent la notion de travail, d'effort. Cette attitude (basée essentiellement sur la mémoire) fonctionne bien, en général, au primaire  et au début du secondaire, mais devient problématique à partir de la 4e, voire de la seconde pour les plus hauts QI.

Peur du rejet social.
Comme je ne suis pas dans la norme du groupe, on va me rejeter. C'est très prégnant au collège, il faut passer par les diktats du groupe, adhérer à son langage, à sa façon de se vêtir, aux potacheries traditionnelles, etc.  Avec son vocabulaire riche, sa bonne syntaxe, son peu d'intérêt pour la mode, son sens de l'humour décalé et fin, l'enfant surdoué se fait vite repérer et sera condamné à passer  ses récréations avec un livre au lieu d'interagir avec les autres.
        S'il cherche absolument à s'intégrer, il se construira un faux-moi bien conforme, au détriment de sa vraie personnalité. Mais cela ne fonctionnera qu'un temps et finira généralement ou dans le rejet plus ou moins agressif des autres ou dans la dépression.               Stade ultime, l'acceptation, avec comme seul rôle social dévolu, de celui de bouc-émissaire, de souffre-douleur.

Peur du non-amour.
Différent, comment va-t-on pouvoir m'aimer ? Mes parents doivent avoir honte de moi. Je n'ai pas d'amis...
        Le doute s'installe, perdure, s'amplifie. La demande affective croît de même et finit par exaspérer les parents qui, croyant bien faire, mettent de la distance. Si la mère répond à la demande, la maîtresse s'insurge, traite l'enfant de bébé, parle d'attachement excessif à la mère, de relation fusionnelle, conseille fortement le psychologue avec menace plus ou moins larvée de dénonciation aux travailleurs sociaux. Nous avons maintenant deux angoissés : la mère et l'enfant.
      Jérémy n'avait qu'un seul ami Victor, avec qui s'était installée une vraie complicité et une émulation certaine, mais avec quelques bavardages intempestifs en classe (ennui ?). Changement de classe, l'ancienne maîtresse impose de séparer les deux amis, ce qui est fait. Depuis, Jéremy est ailleurs, bâcle son travail, erre sans but dans la cour, est parfois agressif avec les autres...

Peur de son intelligence.
Paradoxe là aussi. C'est la peur de l'amplitude des informations, mais aussi celle de la rapidité du traitement. L'amplitude pose la question : « Mon cerveau a-t-il des limites ? » ; la rapidité celle de la normalité par rapport aux autres et celle de l'ennui.
        Cette peur est entretenue par la fausse théorie de la « pensée en arborescence » [2] qui confond l'arborisation terminale des axones avec le fonctionnement de la pensée. Si c'était le cas, le sujet décéderait rapidement de cette pensée exponentielle, le cerveau étant alors incapable de subvenir aux autres besoins biologique fondamentaux (60 à 80 % de son activité). La pensée est bien séquentielle et non-simultanée, il faut du temps pour passer d'un neurone à un autre et assembler les informations de façon cohérente, même si ce temps est très court, surtout chez les personnes surdouées.

Ces peurs sont à l'origine de bien des problématiques chez les personnes surdouées, notamment des pensées récurrentes.