Sommaire

Table des matières

5. Approche psychoaffective
  5.1. Des émotions...
  5.2. Les 7 peurs.
  5.3. Pensées récurrentes
  5.4. Pensées procurrentes
  5.5. Changer la stratégie
  5.6. Du Stress


Notes

[1] Cf. Pensées récurrentes ou procurrentes. P. Morin, 2014.











[2]
Autodoxe : questionnaire rempli par la personne elle-mê- me, selon son opinion.


















[3] Voir : O. Corneille (Univ. de Louvain), in Nos préférences sous influences, Éd. Mardaga, 2010. Lien











5. Surdouement : approche psychoaffective

5.3. Les pensées récurrentes


La pensée récurrente [1] est un système réactionnel, défensif, pseudo-rationnel, d'interprétation d'un fait, à forte pression émotionnelle négative (peurs, angoisses) et à émergence automatique. La pensée récurrente se compose de cinq éléments constitutifs :
1. le retour d'une émotion passée « ± traumatique », mémorisée, d'origine parfois très lointaine ;
2. la fixation : ces éléments négatifs se constituent en règles intangibles avec dépréciation de soi et sur-valorisation des autres.
3. la projection de ces valeurs négatives dans le futur ("Ce sera toujours ainsi...") ;
4. la rapidité d'émergence (forte réactivité émotionnelle) ;
5. l'automatisme d'émergence, donc non-conscient.

Mais, une pensée ou un sentiment ne sont pas des faits objectifs. Ces automatismes de pensée sont des interprétations excessives de la réalité (généralisation abusive, analogie trompeuse, fausses prémisses...), d'apparence cohérente, bien intégrées, sur une base expérientielle, avec une forte origine psycho-sociale. Ces pensées récurrentes règlent le comportement de façon réflexe, donc infra-consciente. Il s'en suit une hypervigilance et un seuil très bas de déclenchement à toute situation plus ou moins similaire à la situation génératrice.

Du fait de la forte réactivité émotionnelle, les personnes surdouées sont particulièrement susceptibles de donner dans ces formes de pensée. Notre étude SEIn100 montre effectivement que 53% de l'échantillon (7-25 ans) possèdent une basse estime de soi, dont 13%  une très basse estime de soi, avec une dégradation avec l'avancée en âge, quand seulement 12% sont supérieurs à la moyenne. Les garçons étant légèrement plus touchés que les filles.  C'est la conséquence notamment des pensées récurrentes.

Le démontage de ces automatismes négatifs acquis n'est pas simple par le discours rationnel. Leur mise en évidence est très souvent déniée ou ressentie comme agressive, car  sapant un mécanisme de défense primaire. S'il n'est pas question de laisser la personne sans mécanisme de défense, on peut l'amener progressivement à élaborer des stratégies plus efficaces et moins pénalisantes.


5.4. Les pensées procurrentes

Elles répondent du même processus de construction que les pensées récurrentes, mais avec une différence essentielle : un contenu résolument positif quant à soi, quant aux autres et au milieu. Si elles peuvent mener l'individu à une excessive confiance en soi, bien utilisées elles sont de bon usage pour contrer les pensées récurrentes, à condition qu'elles s'appuient sur des fait avérés.


5.5. Changer la stratégie

Faire prendre conscience à la personne de ses pensées récurrentes en lui faisant se souvenir et analyser la situation génératrice est difficile et douloureux, donc peu efficace. Par contre, le passage par un questionnaire autodoxe [2] est une bonne solution dans la mesure où c'est la personne qui fait le constat de leur existence par rapport à des critères normés. Le résultat est alors ressenti par le sujet comme plus objectif et neutre. Mais, constater est insuffisant.

Il s'agit alors de faire prendre conscience concrètement à la personne de l'existence chez elle de contenus expérientiels émotion- nellement positifs (sur faits avérés), dans des situations proches des pensée récurrente ou de lui faire vivre des expériences émotion- nellement positives dans le domaine considéré. Ainsi, elle sera en mesure de substituer aux contenus négatifs, des contenus positifs.

Exemple : C, 15 ans souffrait d'une perte d'orientation récurrente. En dépit d'un QI > 140, elle n'avait trouvé comme seule stratégie, lorsqu'elle s'égarait dans sa ville natale, que de s'assoir sur le trottoir et de se mettre à pleurer jusqu'à ce que quelqu'un la prenne en charge. Son profil intellectuel faisait apparaitre effectivement un Cube à 5 au WISC IV.
       Passer par le jeu, nous sembla une piste intéressante dans la mesure où l'aspect ludique pouvait diminuer la charge émo- tionnelle négative et gagner en plaisir. Nous lui proposâmes un jeu vidéo de labyrinthe en trois dimensions. Après quelques réactions du genre : « Ça, je ne pourrai jamais ! », elle finit par accepter que nous le fassions ensemble (rassurance), puis, une fois l'angoisse descendue, à le faire seule. Prise par l'intérêt du jeu et renforcée par une première victoire, elle finit par rejouer plusieurs fois et obtenir des scores plus qu'honorables. Alors, de lui montrer que les capacités mise en œuvre dans le jeu étaient les mêmes que dans la rue, stress en moins, plaisir en plus, et que ce qui était obtenu dans le jeu pouvait se transposer dans la vie réelle.

C'est là un des processus qui permet de sortir des pensées récurrentes, délétères aussi bien sur le plan personnel que social. Il comporte plusieurs étapes plus ou moins longues selon l'ancienneté et l'amplitude des choses. Ces étapes ont été bien décrites par McGuire (1968) dans sa théorie du traitement de l'information [3] :



En situation de crise, tout discours rationnel est in-entendable par la personne, la seule réponse possible est alors purement affective : présence, écoute active, réconfort. C'est seulement une fois le calme revenu et les tensions apaisées que peut intervenir la reconstruction de la pensée sur l'examen des faits objectifs et positifs.

 C'est une des finalité de la douistique.